23.02.2012 07:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : matin, invite, semaine
Les prix culturels
On a rarement autant parlé de la valeur marchande de la culture que ces temps-ci. Le prix du livre, bien sûr, mais aussi le partage des films par le défunt MegaUpload ou les craintes qu’a fait apparaître chez les musiciens suisses la centralisation à Paris des achats de la Fnac. Tout cela dans un contexte de futur accord multilatéral anticontrefaçon ACTA, jugé liberticide par la «génération Internet».
Les créateurs le reconnaissent eux-mêmes, la culture s’est de tout temps nourrie de l’échange des idées. Les créations sont souvent une réinvention, originale, de la réalité artistique et culturelle dans laquelle notre cerveau baigne. En permettant une circulation instantanée et permanente des idées et des œuvres, Internet a totalement changé la donne. On n’en est plus à la situation des moines copistes du Moyen Age et c’est un magnifique progrès, à défendre. Par contre, avec cet accès de tous à la création de tous, la culture de payer pour la culture a été largement supplantée par la culture du gratuit, à la séduction naturelle évidente…
Comment, dans ce contexte, redonner suffisamment de valeur aux fruits de la créativité humaine pour que ceux qui s’y consacrent puissent en vivre? Je crois que la plupart des amateurs de culture reconnaissent la valeur matérielle de leurs œuvres immatérielles préférées, mais il faut leur offrir des moyens simples et attrayants de rémunérer les créateurs. Directement et sans plus forcément passer par une industrie culturelle qui s’est en partie laissée devenir obsolète.
Voilà un bien meilleur moyen de combattre la piraterie que de condamner les fautifs à une sorte de mort sociale moderne en les privant d’accès à Internet.
Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC
22.02.2012 08:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : invite, semaine, matin
Le poids de la Grèce
Enfant, le nom de Grèce résonnait grassement à mes oreilles, j’y entendais la graisse à cirer ou celle de la viande. Plus tard, adolescent, je me suis passionné, comme tout le monde, pour Ulysse et son tumultueux retour vers Ithaque, la vie faite de détours, de tentations, d’imprévus, d’obstination, de ruse. La Grèce a pris alors dans ma tête la dimension qui est la sienne: le creuset de la culture européenne, le fonds mythique, poétique et politique auquel tout renvoie un jour ou l’autre. La démocratie y fut inventée, les Jeux olympiques aussi, Orphée y perdit deux fois son Eurydice, Socrate y discourut, Aristote y calcula. Bref, nous sommes tous Grecs. Mais est-ce si vrai?
La cure amaigrissante infligée depuis des mois à la Grèce par les chancelleries européennes et par les «docteurs» du FMI a quelque chose d’abject. Les maléfiques banquiers de Goldmann Sachs, les doctes experts financiers (Strauss-Kahn, Pigasse) ont tous donné leur diagnostic et prescrit leur cure, mais rien n’y fait, puisque ce sont eux, souvent, qui ont concocté la maladie, celle des crédits scélérats et des masques apposés sur les comptes publics. Aujourd’hui, on exige encore plus de sacrifices de la part d’un peuple qu’on ne peut tout de même pas qualifier tout à coup de profiteur et de paresseux. La révolte apparaît à l’horizon. Et si l’Europe mourait par là où elle est née? «Je suis un Berlinois», s’exclama J. F. Kennedy. «Nous sommes tous New-Yorkais», entendit-on beaucoup après le 11 septembre. Il serait suicidaire d’abandonner la Grèce à elle-même, et plus encore de la laisser aux mains des prétendus experts. Soyons Grecs!
Bernard Comment, écrivain
21.02.2012 07:59 | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : invite, semaine
Remède de cheval pour dindons
Le projet de loi sur le prix unique a l’ambition de protéger les petites librairies face aux supermarchés en interdisant la libre fixation du prix du livre. Malheureusement, l’arme légale choisie est de l’artillerie lourde, aussi inadaptée que de tirer à balles sur un vol de canards! Il ne suffit pas qu’un remède soit de cheval pour que ce soit le bon!
Une connaissance du terrain fait vite comprendre que les concurrents directs des librairies ne sont pas ou plus les supermarchés qui peuvent se permettre de vendre les best-sellers avec des rabais mais les sites Internet étrangers qui vendent les livres à des prix jamais pratiqués en Suisse, même par des supermarchés. Si ce projet de loi pouvait avoir un sens lors de son dépôt en 2004, il est devenu obsolète avec l’éclosion de multiples sites de vente de livres par Internet et l’arrivée de la tablette électronique.
Pourquoi devrions-nous payer un livre presque deux fois plus cher en Suisse? Notre pays est tellement interconnecté qu’il est illusoire de croire qu’un gouvernement peut forcer sa population à acheter plus cher le même produit qu’il trouvera meilleur marché à l’étranger. En outre, l’application de cette loi aux livres commandés à l’étranger est matériellement juste impossible. Elle restera sans effet, n’en déplaise à ses supporters.
Quant à moi, je continuerai à aller acheter mes livres dans mes librairies préférées qui ne vendent pas un produit mais offrent un service de conseil que le lecteur est prêt à payer à sa juste valeur.
Antoinette de Weck, conseillère communale de la Ville de Fribourg



