15/10/2011 15:25 | Lien permanent | Commentaires (0)

Salon de thé funèbre

brigitte_rosset.jpgJ’étais dans un tea-room à Martigny, mais oui, dans un tea-room en Valais! Et à la table d’à côté, j’ai surpris une étrange conversation. Avec l’accent du cru, c’est encore mieux.

LUI. – Tu vois le sapin, le Maurice, vraiment, ça lui irait bien…
ELLE. – (Regardant un catalogue) Je sais pas, oui, pourquoi pas, mais je pensais moi à du plus léger.
LUI. – Alors oui, ben le prix, c’est pas pareil.
ELLE. – Mais il brûle bien, ton sapin, au moins?
LUI. – Ha, tu veux l’incinérer, le Maurice? Donc non, effectivement, t’as pas besoin du sapin, le contreplaqué, là, va bien. Pis regarde, j’ai plusieurs modèles pour l’urne. Ça, c’est le modèle féminin, mais bon, on le vend aussi bien pour les hommes.
ELLE. – (Dubitative, regardant le catalogue) Oui, c’est pas mal, mais ça prend pas trop de place sur la cheminée?
LUI. – Je trouve, c’est assez décoratif. Mais si tu veux, on peut enlever les fleurs sculptées dessus. C’est en option.
ELLE. – Le modèle homme, là, il va mieux, plus sobre, c’est plus discret.
LUI. – Oui, pis moins cher, aussi.
ELLE. – Alors, va pour le modèle homme!
LUI. – T’as besoin d’autre chose encore?
ELLE. – Non, je crois, là, c’est tout bon…
LUI. – Mais dis-moi, Marinette, il te faut tout ça pour quand?
ELLE. – Ben je sais pas, faudrait déjà qu’il meure, ce con!!!

J’ai fui ce tea-room et dans le troquet d’en face, je me suis envoyé une petite arvine à la santé de Maurice. «Longue vie à toi!» Définitivement, je préfère les vieux cafés, même sans fumée, aux salons de thé capitonnés.

Brigitte Rosset, comédienne

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