02/11/2011 07:36 | Lien permanent | Tags : invite, semaine, matin

L’autre face du monde

COMMENT.jpgL’Amérique est un pays bon enfant, et les citrouilles de Halloween peuvent prêter à sourire. Mais à New York, les choses prennent une autre tournure. La fête n’y est pas réservée aux seuls enfants ou jeunes, mais concerne toute la population, en une fantastique parade qui s’étire le long de la Sixième Avenue, dans une succession de déguisements qui renvoient à quelques références majeures de la culture populaire, comme le magicien d’Oz, ou Superman et toute la bimbeloterie de Disney.

Mais aussi et surtout défilent des transsexuels et travestis, pour exprimer cette variété des genres que Lou Reed a magnifiquement exprimée dans son album «Transformer» au début des années 1970, le même Lou Reed qui a rendu un hommage à sa ville et notamment à la Halloween Parade dans un autre album plus tardif, «New York». C’est tout le milieu underground, le côté obscur de la vie, qui s’exprime dans ses chansons comme dans la parade à laquelle j’ai assisté avec un bonheur enjoué, conscient de vivre un moment typique, même si la parade n’a été instaurée qu’en 1973, à l’époque de toutes les folies précisément.

Mais c’est la même idée de folie que j’ai retrouvée ce matin devant les toiles de De Kooning dans l’extraordinaire rétrospective que consacre le MoMA à ce peintre de génie, qui a su faire voler en éclats le corps et le visage de ses modèles, en particulier dans ses fameuses séries de «Women», des femmes explosées, sidérantes, terrifiantes parfois. Le masque tombe, et derrière la société bourgeoise de New York surgit une indomptable animalité. C’est l’autre face du monde, que nous montrent les carnavals et les grands artistes.

Bernard Comment, écrivain