27/11/2011

Pas toujours un cadeau, Noël

ROSSET_1.jpgEt pour les cadeaux, on fait comment?

– Ben, on fait comme chaque année: on tire au sort à l’avance, chacun un cadeau à une personne.
– Oui, mais bon, moi, je tombe toujours sur Stéphane.
– Ben, tu peux échanger avec quelqu’un.
– Ah non, sinon tout le monde voudra échanger, et ce sera plus un tirage au sort!
– On pourrait pas plutôt choisir à qui on a envie de faire un cadeau?
– Ben non, c’est injuste. Si personne me choisit?
– Pourquoi personne te choisirait?
– Je sais pas, un pressentiment…
– Et si on se faisait pas de cadeau cette année?
– On a déjà essayé une fois. Tout le monde en a quand même apporté, sauf moi, et j’ai passé pour une radine; alors que j’avais juste fait ce qu’on avait dit.
– Moi, je suis contre. Sans cadeaux, c’est pas Noël!
– Bon, alors on tire au sort comme chaque année?
– OK, mais j’espère juste que je vais pas tomber sur ton nouveau copain, je le connais pas, comment je vais trouver le bon cadeau?
– Tu fais comme y a deux ans, avec mon ex. Tu lui offres ton bouquin sur le couple.
– Et pour les enfants, on fait comment?
– Alors, je vous le dis tout de suite, cette année, je n’offre que des livres. Ils sont tellement gâtés.
– Ils ne sont pas gâtés. Et si tu veux acheter des livres, c’est ton choix. Ça fera pas plaisir, mais c’est ton choix.
– Chacun fait comme il veut avec ses enfants, non? Chez mes beaux-parents, on fait comme ça, ça marche très bien.
– Chez tes beaux-parents patati et patata, nia nia nia.

Faites-moi un cadeau, on parle plus de Noël!

Brigitte Rosset, comédienne

19/11/2011

Dodo, l’enfant do…

ROSSET_1.jpgC’est inhumain d’arracher un enfant à son sommeil pour l’emmener à l’école en novembre!

On a fait tellement d’efforts pendant ses trois premières années pour qu’il dorme: on en a usé des stratagèmes pour qu’il ferme ses petits yeux, chanté des berceuses, fait des tours en voiture pour l’endormir, avalé des kilomètres avec bébé dans les bras, des promenades en poussette…

On a transformé sa chambre en forteresse du sommeil, accroché un «chut bébé dort» sur la porte, enlevé les piles de la sonnette de l’entrée. On a même acheté une machine à laver silencieuse!

Et quand petit trésor arrive à l’âge où, enfin, il a compris que c’est sympa de dormir le matin, que maman est de meilleure humeur quand elle a ses huit heures de sommeil: on l’arrache à son lit douillet, pour l’envoyer faire de la pâte à modeler!!!

Maman prend sa voix toute douce, la même qui lui disait «dort mon bébé, dort, tout va bien maman est là, tout va bien»; lui chuchote dorénavant dans les oreilles: «Il faut se réveiller, c’est l’heure, ouvre tes petits yeux mon chouchou.»

– Mais maman, il fait nuit!

– Oui il fait nuit, mais c’est l’heure d’aller à l’école.

– Mais maman, le soleil, lui, il dort encore!!

Et quand il deviendra adolescent, on l’engueulera parce qu’il émerge à midi en se grattant le nombril. Allez comprendre la logique des adultes…

«L’enfance est le sommeil de la raison», disait Rousseau. Ben moi, je dis: «On n’a pas raison avec le sommeil de nos enfants!»

Brigitte Rosset, comédienne

16/11/2011

Fin de partie

COMMENT.jpgJe me trouvais à Rome, en 1994, lorsque Silvio Berlusconi a débarqué dans l’arène politique en lançant son parti, Forza Italia, qui allait aussitôt le conduire à la victoire. Cette fulgurante ascension, le Cavaliere l’avait démarrée en achetant un club de football, l’AC Milan, pour en faire un club de l’élite européenne. C’est ce succès sportif, et la réussite de ses entreprises qui ont séduit les électeurs, trop souvent en quête de miracles. Depuis, l’Italie est à la dérive. Malgré les efforts obstinés des juges, Berlusconi a su échapper à la justice dans les affaires de corruption ou de malversations qui l’impliquaient, en faisant voter des lois sur mesure par des parlementaires qui seront redevables d’explications devant l’histoire. Ni les évidents conflits d’intérêt, ni les scandales sexuels, ni les bourdes en tout genre sur la scène internationale, ni les attaques contre les institutions de l’Etat, rien de tout cela n’a eu raison d’un homme qui semblait inamovible.

Mais qu’a fait l’Europe? Comment a-t-elle accepté, sans broncher ou presque, la confiscation de l’intérêt public par des intérêts privés? Pourquoi la Commission européenne, présidée par le désastreux Barroso, n’a-t-elle jamais sanctionné ou simplement menacé un gouvernement où le racisme avait droit de parole? Ce sont finalement les marchés qui ont chassé Berlusconi, parce qu’il ne servait plus leurs intérêts. Bien sûr, on est heureux que cette tragique bouffonnerie prenne fin. Mais l’Europe n’en sort pas grandie. Elle a fermé les yeux. Et dire que l’idée européenne est précisément née pour se protéger des extrémismes et pour garantir les équilibres démo-cratiques…

Bernard Comment, écrivain

12/11/2011

C’est quand Noël cette année?

ROSSET_1.jpgVers mi-novembre dans ma famille, chaque année, on a ce genre de discussion:

– Alors je vous propose de vous inviter tous chez moi le 24 au soir!

– Non, pas le 24! On va chez mes beaux-parents, comme chaque année.

– Pour nous ça va bien le 24.

– Oui mais pour nous ça va pas.

– Pour moi ça va.

– Oui mais pour nous pas.

– Bon alors je vous invite le 25 au soir!

– Ah non! Alors là, c’est pour nous que ça va pas. On part le 25 au matin. On avait dit qu’on fêtait le 24, alors on a pris des billets pour le 25.

– On a pas pu dire le 24, puisque nous on peut jamais le 24.

– Pour moi le 25 ça va.

– Oui mais pour nous pas.

– Bon, bon alors je vous propose le 24 à midi.

– Une dinde à midi… C’est pas un peu lourd?

– Si c’est la dinde le problème, je peux aussi prévoir autre chose.

– Ah non, non! Sans la dinde, c’est pas Noël.

– Et excusez-moi, mais à midi, c’est pas magique le sapin allumé.

– Ben on fermera les rideaux!

– Bof, non…

– Bon, très bien, d’accord, pas à midi.

– Si on disait le 23 au soir alors?

– C’est pas le vrai jour, mais bon pour nous ça va.

– Pour nous aussi, très bien.

– Alors parfait, le 23 au soir!

– Ah non, je suis désolée, mais moi je travaille le 23 au soir…

– Pff.

– Bon écoutez, ça semble tellement compliqué, on fête pas Noël, pis voilà!!

Et là tous en chœur, on crie: «Quoi???» Et on recommence la discussion.

Nos agendas sont tellement chargés fin décembre, je me dis que Jésus, il aurait mieux fait de naître un autre jour, on aurait moins de problèmes à le fêter.

Brigitte Rosset, comédienne

 

11/11/2011

La franchise est une hypocrisie

BENDAHAN_9.jpgUne étude vient de montrer que près d’une personne sur cinq renonce à des soins pour des raisons financières en Suisse. C’est horrifiant. D’abord, bien sûr, car la société a les moyens de prodiguer ces soins, et des gens n’y ont pas accès et en souffrent. De plus, c’est une fausse économie: ne pas se soigner lorsqu’on supporte encore les symptômes peut causer une dégradation qui amènera plus de douleurs et plus de coûts pour tous.

Ce problème est le reflet d’un mécanisme particulièrement injuste et hypocrite: la franchise. Les incitations qu’elle amène sont complètement contre-productives. Au début, l’assurance ne rembourse absolument rien, ce qui pousse au maximum les gens à ne pas se soigner, même s’ils devraient. Ensuite, après avoir payé la franchise et la quote-part, l’incitatif disparaît complètement.

Le pire, c’est cette notion de franchise flexible. Le résultat? Les personnes âgées ou malades paient beaucoup plus de primes que les bien-portantes, même si elles ne sont pas fautives de leur situation! Les personnes avec des revenus limités vont choisir une franchise élevée. Cela signifie que, à part dans les cas très graves, elles devront assumer seules tous les soins dont elles auraient besoin, comme si elles n’étaient pas assurées.

Ce n’est pas en traitant les gens comme des enfants et en les punissant injustement qu’ils seront responsabilisés dans leur usage des soins. Au contraire, nous avons besoin d’un système de santé plus solidaire, démocratique, au lieu d’être gouverné par les intérêts économiques.

05/11/2011

Ainsi va la vie

ROSSET_1.jpgPaul, il descend tout seul l’escalier et y a un petit bus qui vient le chercher pour l’amener au Pivert.
Thomas, lui, il descend avec sa maman ou son papa, et ils partent à pied aux Tournesols.
En arrivant, Paul retrouve ses copains et ses copines, et fait un peu de lecture avec les animatrices.
Thomas, lui, il aime pas les livres, il préfère peindre ou jouer aux Lego.
A midi, Paul et Thomas ne rentrent pas manger à la maison. Ils restent avec leurs copains.
On leur prépare des repas équilibrés.
Eux, ils mangent tout seuls. Y en a qui arrivent pas.
S’ils se salissent un peu, c’est pas grave.
Ils sont obligés de faire une sieste après le repas. Aucun des deux n’aime ça.
Mais, s’ils restent tranquilles dans leurs lits, ça va aussi.
Thomas a toujours son doudou, Paul n’en a plus depuis longtemps.
L’après-midi, Paul part en promenade au parc ou au bord du lac. Thomas aussi.
Ils ne vont jamais très loin parce que ça prend déjà beaucoup de temps d’habiller tout le monde, et ils ne marchent pas tous au même rythme. Les animatrices les aident et, pour ceux qui sont trop fatigués, y a toujours les poussettes.
Parfois, ils font de grandes sorties, pour aller au musée ou pour voir un spectacle.
Pour Paul et pour Thomas, vers 15 h y a le goûter. Paul aime les biscuits secs, trempés dans le thé. Thomas, les croissants dans le chocolat.
Vers 17 h, le papa ou la maman ou la nounou de Thomas vient le chercher.
Paul, lui, rentre tout seul, avec le petit bus.
Thomas a 2 ans.
Paul a 92 ans.

Brigitte Rosset, comédienne

02/11/2011

L’autre face du monde

COMMENT.jpgL’Amérique est un pays bon enfant, et les citrouilles de Halloween peuvent prêter à sourire. Mais à New York, les choses prennent une autre tournure. La fête n’y est pas réservée aux seuls enfants ou jeunes, mais concerne toute la population, en une fantastique parade qui s’étire le long de la Sixième Avenue, dans une succession de déguisements qui renvoient à quelques références majeures de la culture populaire, comme le magicien d’Oz, ou Superman et toute la bimbeloterie de Disney.

Mais aussi et surtout défilent des transsexuels et travestis, pour exprimer cette variété des genres que Lou Reed a magnifiquement exprimée dans son album «Transformer» au début des années 1970, le même Lou Reed qui a rendu un hommage à sa ville et notamment à la Halloween Parade dans un autre album plus tardif, «New York». C’est tout le milieu underground, le côté obscur de la vie, qui s’exprime dans ses chansons comme dans la parade à laquelle j’ai assisté avec un bonheur enjoué, conscient de vivre un moment typique, même si la parade n’a été instaurée qu’en 1973, à l’époque de toutes les folies précisément.

Mais c’est la même idée de folie que j’ai retrouvée ce matin devant les toiles de De Kooning dans l’extraordinaire rétrospective que consacre le MoMA à ce peintre de génie, qui a su faire voler en éclats le corps et le visage de ses modèles, en particulier dans ses fameuses séries de «Women», des femmes explosées, sidérantes, terrifiantes parfois. Le masque tombe, et derrière la société bourgeoise de New York surgit une indomptable animalité. C’est l’autre face du monde, que nous montrent les carnavals et les grands artistes.

Bernard Comment, écrivain

07:36 | Lien permanent | Tags : invite, semaine, matin

All the posts