31.01.2012
La sécurité passionne et réveille le sens du civisme
J’étais invité à participer aux états généraux de la cohésion sociale organisés par la Ville de Montreux samedi dernier au Palais des Congrès. Il s´agissait d´une table ronde réunie suite aux événements violents qui se sont déroulés lors du dernier Festival de jazz en juillet 2011 et quelques autres actes de violence perpétrés dans l´intervalle par des jeunes dans la région de la Riviera. J´ai été impressionné! Déjà par la qualité des interventions du fabuleux juge de mineurs fribourgeois Michel Lachat, de l´extraordinaire éducateur spécialisé Serge Bregnard (un Jurassien expatrié) et de l´intelligent professeur de sociologie Walo Hutmacher, sans oublier les régionaux de l´étape, Messieurs Smith (délégué à la Jeunesse de Montreux), Reymond (procureur), Melikian (commandant de Police Riviera) et les jeunes en rupture qui ont réalisé quatre clips vidéo consacrés à la violence. Mais surtout, j´ai été impressionné par le public, avec plus de 250 personnes présentes, un samedi matin à 8 h… jusqu´à 13 h! Quelle belle conscience civique, certainement emblématique de toute une région! Bravo et chapeau bas, la cohésion sociale est la lettre Première de ce qui définit la sécurité, j´en suis intimement convaincu! Mme la conseillère municipale Jacqueline Pellet, vous avez eu raison d´organiser ces états généraux, vous n´en avez peut-être pas conscience, mais vous avez déjà gagné les deux tiers de vos défis sécuritaires. Vous vaincrez le dernier tiers en misant toutes vos valeurs, car la recette est somme toute simple, sur les éducateurs de rue, le modèle de la police de proximité, en investissant massivement dans l´éducatif et l´avenir socioprofessionnel et dans quelques programmes de prévention dont on sait qu´ils sont efficaces et fructueux. Vous vivez et vivrez dans une région magnifique, faites-le savoir…
Olivier Guéniat, commandant de la police cantonale jurassienne
07:32 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
28.01.2012
C’est tellement beau le progrès
– Regarde, c’est formidable, tu peux faire des photos.
– Ah oui, oui.
– Tu vois la qualité?
– Oui, oui, je vois.
– Là, c’est mon petit-fils avec un chapeau de Père Noël, il est drôle, hein?
– Oui, oh oui.
– Pis je peux faire des films aussi. Regarde, c’est mon petit-fils sur sa luge, avec son chapeau de Père Noël, il est chou, hein?
– Oui, il est chou.
– Et je peux aussi regarder mes mails. Tu vois, ça c’est une image que ma fille m’a envoyée de ma petite-fille aux Etats-Unis. Elle est belle, hein?
– Oui, elle est très belle.
– Et puis je peux regarder le temps qu’il fait à Nice.
– Ah oui, c’est utile.
– Oui, si je veux aller dans mon appartement de Nice, je peux voir s’il fait beau ou pas.
– Ah oui, effectivement.
– Je peux aussi jouer aux échecs. Regarde, c’est mon fils qui m’a installé le jeu. C’est bien, hein?
– Ah oui.
– Et là, tu vois? Hop, je peux écouter de la musique. C’est ma grande petite-fille qui m’a mis tout dedans.
– Ah oui, c’est formidable.
– Et là, j’ai même les horaires de train, quand je veux aller voir mes amis. Tu sais, ceux de Lausanne.
– Ah oui, c’est pratique.
– Et je peux rajouter plein de choses. Ah non, c’est extra. Je suis ravie. Mais pourquoi tu gardes ton vieux machin, toi?
– Ben, j’ai pas d’enfants, pas de petits-enfants, pas d’appartement à Nice, pas d’amis à Lausanne… En fait, j’en ai pas vraiment besoin.
– Oui, alors ça, c’est vrai. T’en as pas besoin…
– Mais, sinon le tien, il fait pas téléphone?
– Mais bien sûr. Pourquoi?
– Parce que tu m’appelles jamais.
–…
Brigitte Rosset, comédienne
10:19 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27.01.2012
AAA... quel bonheur!
Genève est donc la ville la mieux gérée de Suisse. Du moins selon l’Institut de hautes études en administration publique (IDHEAP) dans son dernier classement annuel. Investissements autofinancés, charges largement couvertes par les recettes, dette réduite de 5% entre 2009 et 2010, voilà de quoi revendiquer un triple A auprès de Standard & Poor’s. Et voir s’afficher un large sourire sur les lèvres de ma collègue en charge des Finances.08:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.01.2012
Ne tirez pas sur le messager!
Ce lundi, «Le Matin» nous a plongés dans la journée de tous les dangers qui attend chacun de nous du lever au coucher. L’article montrait de manière saisissante à quel point les produits nocifs avaient envahi notre quotidien, sans possibilité apparente d’y échapper. Suite à cette enquête, vous avez sans doute été nombreux à éprouver le sentiment – exprimé par son auteure – d’être «condamnés à vivre avec». Pire, vous êtes sans doute fatigués, voire agacés, par ces études qui viennent «pourrir notre quotidien». Mais qui nous pourrit vraiment la vie? Le messager porteur de la mauvaise nouvelle? Ou celui qui génère les dangers dénoncés? Si les études scientifiques se succèdent, ce n’est tout de même pas parce que des chercheurs gâche-plaisir veulent décourager notre recherche d’une vie saine! Leurs alarmes sortent simplement au même rythme que les inventions des apprentis sorciers de l’industrie… Dans ces conditions, la tentation de succomber au fatalisme et au découragement n’est jamais loin, mais il faut lutter contre. Se rappeler que, s’il est toujours plus difficile de «faire juste», certains choix restent quand même meilleurs que d’autres! Réaffirmer qu’en vertu de notre droit fondamental à la sécurité, ceux qui nous nourrissent, nous habillent ou conçoivent nos meubles ont le devoir d’assumer leur part de responsabilité en éliminant toute source de danger de leurs produits. Les industriels devraient quand même finir par comprendre que, même d’un point de vue économique, ce n’est pas forcément rentable de tuer à petit feu ses propres clients.
Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC
07:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25.01.2012
Le goût de la mesure
Les pirates de la Toile sont une communauté hétéroclite, qui va des escrocs à enrichissement rapide jusqu’aux vandales, en passant par les amateurs désargentés et les libertaires de tout poil. Car le fameux Kim Dotcom (accusé d’avoir tiré un revenu de 115 000 dollars par jour…) est un des arbres qui cache la forêt d’une nouvelle génération peut-être insoucieuse mais sincère, pour laquelle la gratuité est une donnée bénéfique, dans un monde qui a perdu le sens du prix des choses.07:37 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : bernard comment, mesure
24.01.2012
La fée électrique
Souvent les enfants vous rappellent ce qu’il y a d’essentiel dans la vie. Pour ce début d’année, nos filles nous ont convaincus d’aller nous ressourcer à la montagne.07:48 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fée électrique, antoinette de weck
20.01.2012
Peut-on fumer et prier en même temps?
Alice et Bernard vont régulièrement prier à l’église, et sont fumeurs. Quoi de plus naturel que de se poser la question: est-ce acceptable de faire les deux en même temps?
Bernard demande au prêtre: «Pendant que je prie, puis-je fumer?» La réponse du prêtre, choqué, ne se fait pas attendre: «Non, c’est totalement irrespectueux!» Bernard repart et croise Alice, qui prie et fume. «J’ai demandé: c’est interdit!» Alice répond: «Ah bon? Moi, j’ai demandé au prêtre si, pendant que je fume, je pouvais prier. Il m’a répondu que tout moment était bon pour prier!»
Cette histoire est utilisée pour illustrer un phénomène connu sous le nom de «cadrage». La façon de présenter une même situation transforme notre jugement.
La décision de Novartis de maintenir les emplois en est un bon exemple. Serions-nous aussi heureux du dénouement de l’affaire si Novartis n’avait pas d’abord annoncé les licenciements? Imaginez l’annonce:
«Une entreprise faisant des milliards de profits bénéficiera d’allégements fiscaux, du déclassement d’un terrain, d’une augmentation du temps de travail, et d’un renoncement aux augmentations salariales, tout en supprimant des emplois à Bâle (mais sans licenciements).»
Le travail fait par les salariés, syndicats et politiques a été exemplaire. C’est une véritable victoire, tant les licenciements auraient été dramatiques pour les personnes concernées. Mais d’autres entreprises ne vont- elles pas suivre l’exemple de Novartis pour obtenir des faveurs?
Samuel Bendahan, économiste
07:34 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : matin, semaine, invité
19.01.2012
«E la nave va»
Dans son film du même titre, en 1983, Federico Fellini avait su décrire avec son génie incomparable les relations complexes de la mort, de l’art et de la destinée humaine. Il nous suffit de «voir» tout près de nous un paquebot de croisière qui chavire, livré aux mains d’un capitaine désaxé ou désorienté, totalement irresponsable, pour que soudain l’esprit fantôme du «Titanic» nous frôle de ses ailes familières et inconcevables. Heureusement, le naufrage du «Costa Concordia», relayé par mille numériques et portables, a tout de même fait moins de victimes que son «illustre» parrain.
En même temps ou presque, à l’autre bout des mers, un pétrolier se brise, et des vies aussi, événement à peine commenté. Aucune mort n’est semblable, et le nombre n’y change jamais rien. Les êtres humains inconnus et lointains qui, à chaque instant, s’effacent en silence nous laissent trop souvent indifférents. Pour les milliers de morts comptabilisés du 11 septembre 2001, combien d’anonymes autres victimes, en Asie, en Afrique, au Mexique ou en Amérique latine, dont nous avons occulté ou ignoré la trace? Notre comptage médiatique et mémorial des tragédies est sélectif. C’est seulement lorsque la mort, le malheur, la maladie ou la souffrance nous affectent de plein fouet, dans un corps-à-corps et un face-à-face inéluctables, que nous prenons conscience de notre ressemblance fondamentale avec le commun des mortels.
Sur le «Costa Concordia», à en croire un témoin, un homme aurait crié «I am a VIP». Il fut vite remis à sa place; les «classes» sociales, sur les navires en vogue ou sur nos rafiots de fortune, n’ont plus d’impact décisif sur la réalité de nos destinées solidaires. Dépouillés de nos triples A ou autres trophées narcissiques, il ne nous reste qu’à devenir ce que nous sommes.
Denis Müller, éthicien, Universités de Genève et Lausanne
07:31 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : matin, invité, semaine
18.01.2012
Rhétorique du «off»

Le off, c’est le discours des coulisses, celui qu’un orateur autorisé réserve à un auditoire élu et cache au tout public (qui pourrait d’ailleurs s’offenser d’être jugé indigne de confidence).
Le off, c’est une bombe – à retardement puisqu’il faut qu’un tiers le remette en scène –, qu’on lâche tantôt par désinvolture, naïveté, voire bêtise, tantôt par perfidie et calcul quand il rentre dans une stratégie d’alliance (par connivence) ou de rupture (par dévoilement indu).
Le off est nettement plus pervers que les non-dits: contrairement aux sous-entendus, qui permettent de bénéficier de l’impunité du silence (l’orateur se décharge de la responsabilité de leur interprétation), le off trahit celui qui s’y risque.
François Hollande a créé le buzz en se laissant (volontairement?) piéger il y a une dizaine de jours: lors d’un déjeuner avec des journalistes, micros éteints, le candidat socialiste a failli à son devoir de représentation en caricaturant Nicolas Sarkozy et en le faisant s’autoqualifier de «sale mec».
Sortie de son contexte, la pseudo-citation du président a pris des allures d’insulte et s’est retrouvée, tout comme son (mal) adroit auteur, sous les projecteurs du Parisien.
Si le off excite tant les inquisiteurs, c’est que dans notre société que la vérité obsède, on lui concède le bénéfice de la sincérité. Un leurre: les coulisses ne sont qu’une scène parmi d’autres où secrets, trahisons, chimères et pieux mensonges n’en finissent pas de se disputer la vedette.
Stéphanie Pahud, linguiste à l'Université de Lausanne
07:55 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, invite, matin
17.01.2012
Nouveau Code de procédure pénale: premier bilan
Le nouveau Code de procédure pénale est entré en vigueur le 1er janvier 2011. Ce changement des règles a amené une petite révolution en Suisse romande en particulier, car il est irrémédiablement d’influence anglo-saxonne, donc très différent de ce qui se faisait en Suisse latine. La police en particulier l’avait accueilli avec très peu d’enthousiasme, vu les complications administratives qu’il générait et allait générer.
Aujourd’hui, l’année 2011 clôturée sur un plan statistique, l’heure est aux premiers bilans! Je me suis penché sur ce qui faisait la fierté de la police: le taux d’élucidation des affaires, une notion importante pour le citoyen, et de facto en lien avec le sentiment d’insécurité, d’impunité. Si l’on tient compte de tout le volume des infractions dénoncées, le taux d’élucidation a chuté de – 21% dans le canton de Neuchâtel (passant de 53% en 2010 à 42% en 2011) et de – 16% dans le canton du Jura (passant de 54% à 45%); il a chuté de respectivement – 28% et – 23% si l’on tient compte uniquement des infractions contre le patrimoine.
Pourquoi? Parce que les policiers, absorbés par le travail administratif, n’ont plus de temps à consacrer à l’enquête! Parce que les pertes de temps sont immenses lorsqu’il faut convoquer les avocats des prévenus qui doivent être tous présents à l’audition de chacun des prévenus! Parce que l’arrestation est devenue compliquée avec l’obligation de déférer le prévenu devant le Tribunal des mesures de contraintes dans un délai de quelques heures! Les policiers l’avaient dit, du moins prédit: ce système fait la part belle aux crapules… Quel gâchis!
Olivier Guéniat, commandant de la police jurassienne
08:11 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blog, invite, matin


