22.02.2012 08:12 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : invite, semaine, matin
Le poids de la Grèce
Enfant, le nom de Grèce résonnait grassement à mes oreilles, j’y entendais la graisse à cirer ou celle de la viande. Plus tard, adolescent, je me suis passionné, comme tout le monde, pour Ulysse et son tumultueux retour vers Ithaque, la vie faite de détours, de tentations, d’imprévus, d’obstination, de ruse. La Grèce a pris alors dans ma tête la dimension qui est la sienne: le creuset de la culture européenne, le fonds mythique, poétique et politique auquel tout renvoie un jour ou l’autre. La démocratie y fut inventée, les Jeux olympiques aussi, Orphée y perdit deux fois son Eurydice, Socrate y discourut, Aristote y calcula. Bref, nous sommes tous Grecs. Mais est-ce si vrai?
La cure amaigrissante infligée depuis des mois à la Grèce par les chancelleries européennes et par les «docteurs» du FMI a quelque chose d’abject. Les maléfiques banquiers de Goldmann Sachs, les doctes experts financiers (Strauss-Kahn, Pigasse) ont tous donné leur diagnostic et prescrit leur cure, mais rien n’y fait, puisque ce sont eux, souvent, qui ont concocté la maladie, celle des crédits scélérats et des masques apposés sur les comptes publics. Aujourd’hui, on exige encore plus de sacrifices de la part d’un peuple qu’on ne peut tout de même pas qualifier tout à coup de profiteur et de paresseux. La révolte apparaît à l’horizon. Et si l’Europe mourait par là où elle est née? «Je suis un Berlinois», s’exclama J. F. Kennedy. «Nous sommes tous New-Yorkais», entendit-on beaucoup après le 11 septembre. Il serait suicidaire d’abandonner la Grèce à elle-même, et plus encore de la laisser aux mains des prétendus experts. Soyons Grecs!
Bernard Comment, écrivain




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