29/04/2012

Blaise Pascal ressuscité dans un bus

brigitte_rosset.jpg– Trop nulle la disserte, pfff.
– C’est quoi le sujet?
– Le cœur et la raison. Je sais pas quoi dire, moi.
– Tu rigoles ou quoi, c’est trop bien.
– Trop bien?
– Mais oui, carrément! J’y pense tout le temps à ça, moi.
– T’es ouf ou quoi?
– C’est ma vie mec, le cœur et la raison. Tu vois, quand t’es gamin, t’as le cœur pis vraiment un minimum de raison. La vie est belle. Et là, nous, on est pire mal, parce que la raison s’en mêle. Et les parents, t’oublies, y a plus que la raison.
– Ouak?
– Mais ouais, quand t’es gamin, par exemple, t’as un petit qui t’agresse à la crèche. T’as envie de chialer, tu chiales. T’as envie de le pousser, tu le pousses. Tu réfléchis pas. T’as envie d’une glace, tu hurles. Tu t’en tapes, tu t’exprimes tu vois. C’est l’instinct.
– Mais là, le mec il parle du cœur. Pas de si t’as envie ou pas de chialer, ou de bouffer une glace.
– Mais le cœur, c’est pareil. Si tu craques pour une meuf, tu craques. Tu te demandes pas pourquoi. C’est quand tu commences à te poser des questions que c’est la merde. Et si tu quittes une meuf pour des «raisons» genre physique, réputation, ou pour tes potes, ben c’est que tu l’aimais pas. Si t’aimes, tu peux pas l’expliquer avec ta tronche. Hé mec, mais j’te la fais moi, ta disserte.
– C’est tiré d’un bouquin. Je t’le file tout à l’heure. Pascal Blaise: ses «réflexions». Un truc du genre.
– Mais trop bien, ce Pascal. Il est sur Facebook?
– Il est mort mec.
– P’tin. J’aurais bien tchaté avec lui.

Brigitte Rosset, comédienne

21/04/2012

D’amour et d’eau fraîche…

ROSSET_1.jpg Maman, on va manger quoi ce soir? Y a rien dans le frigo!
Je sais. J’ai pas fait les courses.
Bon, les enfants, pour faire plaisir à maman, je vous invite tous au restaurant.
Ouiii! Papa, on va manger du poulet!
Non, une pizza!
Non, des sushis!
On va demander à maman où elle a envie d’aller. Ma chérie, qu’est-ce qui te ferait plaisir?
Je sais pas.
Ça te fait pas plaisir?
Si, mais là je sais pas. Et, si j’avais fait des courses, tu nous inviterais pas au restaurant.
Peut-être, mais là je vous invite!
Oui, mais tu aurais aussi pu penser à les faire toi, les courses. Pourquoi c’est toujours moi qui les fais?
Ben, la prochaine fois, tu me dis, et je vais les faire.
Ce qui me ferait plaisir, c’est que tu y penses sans que je te le dise.
D’accord, la prochaine fois, j’y penserai. Bon, où as-tu envie d’aller dîner?
La prochaine fois, tu n’y penseras pas.
Mais si, tu verras. Bon, on va où ma chérie?
Je sais pas. Si tu m’avais prévenue avant, j’aurais pu y réfléchir.
J’ai pas pu te prévenir avant, puisque je savais pas encore qu’on irait dîner dehors.
Donc c’est bien ce que je dis, si j’avais fait des courses, tu nous aurais pas invités.
Mais là je vous invite! Alors on va où?
J’ai pas faim.
Moi, papa, je veux du poulet!
Non, une pizza!
Non, des sushis!
Ça suffit, vous n’arrivez pas à vous mettre d’accord, alors on sort pas!
C’est nul, vous êtes trop
nuls!

Tu vois, mon chéri, si tu avais pensé à faire les courses, on n’en serait pas là.

Brigitte Rosset, comédienne

14/04/2012

Quand on aime, on ne compte pas

brigitte_rosset.jpgEt tu vois Natacha, dans ton prénom, y a 7 lettres. Et dans le mien, Stéphane, 7 lettres aussi. T’es née un 18. 1 + 8 = 9. Je suis né un 27. 2 + 7 = 9 aussi. C’est complètement fou. On a quand même le 7 «et» le 9 en commun.
– Oui sauf que mon vrai prénom, c’est Elisa.
– Elisa… Eh bien tu vois, ça ne m’étonne pas. Dans Elisa, y a 5 lettres. Eh ben mes amis m’appellent tous Steph. 5 lettres aussi! Et tu sais ce que c’est, le 5? C’est l’ouverture d’esprit. C’est aussi la vie, le combat. C’est la liberté, la sensualité. C’est l’aventurier, homme ou femme, de toutes les aventures, physiques, affectives… Tout toi, Natacha!
– Elisa.
– Oui, tout toi, Elisa. Et le 9, c’est l’altruisme, le dépassement de soi, l’hyperémotivité. T’es émotive toi, non?
– Ça dépend.
– On est assis à la table 3, parce que le 3, c’est mon chiffre préféré. Sociabilité développée, sens aigu de la communication. Dingue, non?
– Ouais… Dingue!
– Tu te sens un peu fragile ces temps, non?
– Ben je viens de perdre mon boulot, alors…
– Normal, on est en avril. Pour les Japonais, le 4 est synonyme de mort. Donc changement. Non, tu sais, c’est bon signe tout ça.
– Tu crois?
– Attends, je crois pas, je sais. C’est les chiffres qui parlent, c’est pas moi.
– Et 85, ça te parle?
– 85 C?
– Non, 85 tout court.
– Je vois pas…
– C’est le nombre de minutes que je viens de passer à écouter tes débilités. Et 165, c’est l’addition que je vais te laisser payer, parce que les chiffres, c’est pas mon truc.

Brigitte Rosset, comédienne

07/04/2012

Parfois, il faudrait ne pas grandir

invit7.jpg– Heinn… Tu crois vraiment qu’un lapin, il peut entrer dans un grand magasin, et acheter des choses?
– Ben oui, s’il a de l’argent.
– T’as déjà vu un lapin faire des courses dans un grand magasin?
– Non, mais c’est parce qu’il vient quand les enfants sont pas là.
– Alors pourquoi maman elle a mis un sac avec des lapins et des œufs en chocolat dans le coffre?
– Ben, parce que c’est le lapin qui lui a donné.
– Tu crois encore que c’est un lapin qui cache les œufs?
– Ben oui.
– Ouais, pis alors, il les porte comment les œufs?
– Ben, il a un grand panier dans le dos. Comme le Père Noël.
– T’as déjà vu un lapin avec un panier sur le dos?
– Non, pas ici, mais dans les autres pays, ça existe.
– Alors le lapin, il prend l’avion avec son panier sur le dos pour venir cacher les œufs?
– Ben, peut-être qu’il a une poche devant, comme les kangourous.
– Et la souris alors, tu crois qu’elle les porte comment, les dents? Avec un panier sur le dos?
– La souris, elle a pas de panier. Elle est trop petite.
– Alors elle les prend dans ses petites pattes, peut-être?
– Ben non. La souris, elle les mange, les dents. Elle en fait de la bouillie, qu’elle garde dans ses joues, et après elle donne la bouillie à ses enfants. Comme les oiseaux.
– Mais tu gobes vraiment tout ce qu’on te raconte, toi!
– C’est pas parce que tu crois plus au Père Noël, que tu dois me raconter des carabistouilles!
– Pff… De toute façon t’es vraiment trop petite, tu comprends rien.
– Ben toi, t’es trop grande!

Brigitte Rosset, comédienne

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