25/06/2013

Ces enfants qui apprennent à tuer

WEBER_VERA.jpgOn peut être fan de corrida ou essayer de justifier sa pratique par la protection d’une tradition ancestrale. Le fait que des enfants et des adolescents soient directement ou indirectement impliqués dans ce spectacle sordide devrait néanmoins tous nous faire monter au créneau.
 
Alors que les films à caractère violent ou pornographique sont interdits d’entrée aux moins de 14, 16 ou 18 ans, l’entrée des enfants aux arènes est permise dans la plupart des régions promouvant la corrida. Les adultes qui emmènent des enfants à des corridas ou leur permettent de les suivre à la télévision les entraînent, qu’ils le veuillent ou non, à une forme de violence très crue et réelle qui n’a rien d’une fiction ou d’une réalité virtuelle.
 
L’enfance est, entre autres, le temps de l’apprentissage du sens moral. Normalement, on enseigne à l’enfant qu’il faut prendre la défense du plus faible, que la violence est condamnable et qu’il ne faut pas faire souffrir. Dans la corrida, l’enfant découvre, par la violence gratuite faite au taureau – qui n’a évidemment rien demandé –, une contradiction flagrante dans nos lois morales (et pénales), ce qui crée en lui un conflit de valeurs. Le traumatisme psychique que ces images peuvent occasionner n’est pas des moindres non plus.
 
S’ajoute aux images la participation active des enfants dans des spectacles taurins. Ces enfants qui, à partir de 10 ans voire plus jeunes, apprennent dans des écoles de tauromachie à torturer des veaux et des taurillons à l’arme blanche sont exposés à des accidents et à des blessures graves. Le tout cautionné et subventionné par les Etats taurins.
 
Pourtant, l’intérêt supérieur de l’enfant devrait absolument prévaloir: l’intégrité physique et psychique des enfants – les parents de demain – doit être protégée, que l’on soit pour ou contre la corrida.
 
Vera Weber, vice-présidente de la Fondation Franz Weber

21/06/2013

Sursauts démocratiques

ASAVARY.jpgccaparé à défendre son honneur et les règles de la démocratie suisse, le Parlement vit sur orbite depuis trois semaines. Pendant ce temps, le monde tourne, un monde qui lui aussi exprime ses indignations et ses rébellions. Ce qui me frappe, si mon regard se porte au-delà de la Coupole fédérale, c’est le parallélisme qui se dessine entre les manifestations turques, brésiliennes et russes.
 
Dans ces trois pays, des milliers de personnes se réunissent pacifiquement contre les pouvoirs en place. Qui sont-ils, ces manifestants? Des jeunes, bien formés, connectés aux réseaux sociaux, ayant soif de changement. De nouveaux citoyens, peu politisés, mais qui aspirent à plus de liberté, à une société déverrouillée, une société qui accepte et accompagne leur soif de conquête. Des manifestants qui croient férocement en leur avenir. Minoritaires face aux arrière-pays conservateurs et aux oligarchies organisées, ils incarnent pourtant la force et le potentiel de croissance de ces nouvelles puissances dans l’équilibre du monde.
 
A contrario, les manifestations qui se tiennent aujourd’hui sur les places d’Espagne, du Portugal et de Grèce, les débordements de violence qui incendient la Suède traduisent non pas l’envie de changement, mais le désespoir et la colère d’une partie de la jeunesse. Sacrifiés sur l’autel de l’austérité budgétaire, sans perspectives professionnelles, ces manifestants crient de voir leur avenir confisqué. Les sursauts démocratiques de ces derniers jours, toutes proportions gardées, racontent une Europe à bout de souffle, des pays qui en ont trop et une Suisse qui en cherche.
 
Géraldine Savary, vice-présidente du Parti socialiste suisse

06/06/2013

L’habit fait le moine!

maxime_morand.jpgDésolé, mais vos vêtements, vos lunettes, votre dégaine, votre montre et vos chaussures écrivent la signature de votre silhouette. Cette signature personnelle constitue votre joker pour séduire un client, obtenir un emploi, réussir une drague ou être pris en considération. Même si vous en avez rien à braire, la peau de votre âme et les atours ajustés à votre corps parlent de vous!
 
«L’habit ne fait pas le moine», dit-on parce que nous ne pourrions pas déguiser longtemps une imposture. Nous ne pourrions pas nous targuer d’une éthique de vie et d’avoir des compétences qui seraient, dans la durée, en fort décalage avec la vérité. Est-ce si sûr? Nous pouvons aussi enjoliver nos propos, masquer nos pensées, reconstituer notre passé, rêver l’impossible. Le psalmiste ose même affirmer, certes dans la précipitation, que «tout homme est menteur» (psaume 116). Notre vie ne serait donc qu’un songe revêtu parfois de quelques dentelles ajourées de parcelles de vérité? La nouvelle mode, politiquement correcte, prône la transparence en toutes choses. Des mœurs à la déclaration fiscale: tous à poil! A propos de quelques comportements inadaptés d’hommes politiques, un journaliste me demandait mon avis, me poussant à dire que la transparence totale devrait aller de soi. Donc de vivre sans protection, sans habits. Ma réponse fusa: «Je suis un peintre du dimanche, et j’ai fini par savoir qu’un tableau est lumineux si je sais y mettre des ombres.»
 
Ainsi en va-t-il de l’habit, il peut révéler (dévoiler) qui nous sommes, nous préserver des regards intrusifs, nous mettre en valeur et mettre à distance admirative. Le must serait de porter beau la beauté de soi, d’être aligné de qui nous sommes à qui nous voulons manifester. Le mot «moine» signifie «un», unifié, et portant le même habit. Donc je vous souhaite un bel été d’innocentes jupettes et de cols dégrafés en invite d’heureuses rencontres: sachez que votre pouvoir est dans l’habit que vous habitez vraiment!
 
Maxime Morand, conseiller en leadership

04/06/2013

Jardinage et plante fanée

brigitte_rosset.jpg– Maman, j’ai 62 ans, j’ai plus envie de ça.
– Mais tu es en train de te faner!
– A mon âge ça me semble normal, non? T’es pas fanée, toi?
– A 85 ans, je suis presque compostée mais pas fanée, non. Je trouve que la vie est belle, et ça se voit. Toi, tu fais la tête tout le temps, t’arrêtes pas de critiquer tes enfants, qui sont «mes» petits-enfants et qui sont adorables. Tu râles à cause de tes collègues. Tes amies t’énervent. Tu fais pas de sport. Tu prends du poids. Je pourrais ne pas te parler de tout ça, mais vois-tu, je suis ta mère, et en plus, à mon âge, je dis tout ce que je veux.
– Maman, merci pour ton tableau fort valorisant, mais oui, tu pourrais être plus aimable.
– Comme tu veux ma fille, mais je te le dis, tu ne vas pas bien. Et comme tu es toujours toute seule, personne d’autre va te le dire.
– Si personne ne m’en parle je ne m’en porte pas plus mal.
– Ce qui est dérangeant, c’est de te voir comme ça. Ça me fiche le cafard.
– Bon, écoute maman, j’ai eu ma dose là!
– Peut-être, mais tu ne m’écoutes pas.
– Si, je t’écoute, je ne fais que ça, et je n’ai pas envie de t’écouter me critiquer plus longtemps.
– Je ne te critique pas, je suis objective. Tu es toute fanée. Tu dois faire quelque chose, sinon tu vas pourrir, avant même de sécher complètement.
– Merci beaucoup maman, et tu as bien entendu une solution?
– Oui, j’en ai une. Une plante qui est en train de faner, elle a besoin qu’on s’occupe d’elle!! Alors trouve-toi un jardinier et fais-toi arroser! Voilà!!
– …
 
Brigitte Rosset, comédienne

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