01/10/2013

Et si le temps m’était conté…

ROSSET_1.jpg– Ça alors! Mais… C’est Roger! Depuis le temps… Comment tu vas?
– Ben ça va… Ça va…
– Je suis content de te voir… Ça fait un bail, hein?
– Ben tu vois…
– Sacré Roger…
– Ha, Louis…
– Heu… Reymond! Louis, c’est le fils de Germaine.
– Mais oui… Reymond…
– Il pleut hein?
– Ouais!
– Mais bon, on a eu un bel été indien…
– Ouais…
– Et ça y est, ben c’est terminé l’été!
– Hé ouais!
– Il faisait doux, un peu de soleil, et «tac»! Il pleut…
– Eh ouais, «tac!»
– Avec le printemps pourri qu’on a eu..
– Ouais, bien pourri.
– Et l’hiver passé, on a eu tellement de neige!!
– Ha ça!
– Et t’as vu ça? On nous annonce un hiver glacial, comme on a pas eu depuis longtemps.
– Ils ont dit dans le journal, oui.
– On verra bien, hein?
– Ben ouais, on verra.
– De toute façon, on peut rien y faire, hein Roger?
– Ben non, rien.
– Mais en tout cas, c’était bien cet été. Quel beau soleil, on a bien profité, non?
– Un bel été, oui.
– Bon, bon. Et sinon? Toi, ça va?
– Ouais ouais… On fait aller.
– Ben, je suis bien content si ça va..
– Ouais…
– Sacré Roger!! Et sinon, tu as appris que Marcel est décédé?
– Ha non, je savais pas…
– Et ouais. Encore un de plus sur la liste… Ça nous arrivera bientôt. Hein Marcel?
– Ben ça…
– On l’a enterré hier.
– Lundi…
– Oui, lundi. Jolie cérémonie…
– C’est bien.
– Ça a duré longtemps, mais avec ce qui tombait, on était mieux dedans que dehors.
– Pleuvait fort lundi…
– Mais on a pas suivi au cimetière.
– Ha non?
– Trop sale temps.
– Ha ça!
–…
– Sale temps, hein?
– Ha ça…
–…
 
Brigitte Rosset, comédienne

24/09/2013

Monique, elle pique

invite.jpg- Moi, je peux rien reprocher à ma belle-fille, vraiment, elle est adorable.
- La mienne, elle m’énerve. Elle est nulle, et je l’ai dit à mon fils.
- Tu devrais pas lui dire, ça lui fait sûrement de la peine.
- Pas du tout. Ça fait juste qu’il veut plus me voir. Et c’est de sa faute à elle, cette nulle.
- Du coup, tu vois plus tes petits-enfants.
- Tant mieux, eux aussi, ils m’énervent.
- Mais enfin, Monique, tu dois pas dire ça.
- Et pourquoi? Ils sont très mal élevés. On se demande pas pourquoi, avec la mère qu’ils ont!
- Et tu les vois plus du tout alors?
- Mais plus du tout, alors, et je te le dis, c’est tant mieux! Même plus besoin de faire des cadeaux aux anniversaires ou à Noël. Rien!!
- Mais tu te sens pas seule?
- Pas du tout. Et j’aime beaucoup être seule.
- Tu veux que je te laisse?
- Non, toi ça va, toi, je te supporte.
- J’ai de la chance…
- Tu crois pas si bien dire. Je vois bien quand je bois mon café là, le matin, y a plein de gens qui aimeraient me parler.
- Tu crois?
- Non je crois pas, je sais. Y a des bonnes femmes qui viennent s’asseoir à côté de moi et qui entament la conversation. Mais si!! Alors moi, je dis que je suis sourde, et on me fiche la paix.
- Et ton copain Alain, tu le vois plus?
- Non, je le vois plus.
- Et pourquoi? Tu l’aimais bien.
- Eh ben je l’aime plus!
- Vous vous êtes fâchés?
- Non, je lui ai fait le coup de la sourde, il a pas aimé.
- Pourquoi t’as fait ça?
- Parce qu’il voulait absolument que je téléphone à ma belle-fille pour reprendre contact.

Brigitte Rosset, comédienne

03/09/2013

Je fourre, tu fourres…

ROSSET_1.jpg- Maman, pourquoi on doit fourrer les cahiers?

- C’est pas «on», c’est «moi» qui fourre les cahiers.
 
- Mais quand je fais moi, c’est tout tordu, tu m’engueules, ça me fait de la peine, et chaque fois que je regarde un cahier, je suis triste, parce que je me souviens que tu m’avais grondé et pis…
 
- OK, OK… On les fourre pour qu’ils restent propres pendant l’année.
 
- C’est nul, de toute façon ça se déchire après.

- Ecoute, c’est comme ça. On nous demande de fourrer, on fourre.

- C’est bizarre de dire «fourrer»…

- C’est pas formidable…
 
- Maman, c’est les chocolats qui sont fourrés.

- Hein?

- De toute façon, tu sais, dans les chocolats, moi, j’aime pas le fourré. J’aime mieux la croûte dessus. Comme les pains aux chocolats aussi, j’aime mieux le chocolat que le pain. Bon pour les livres, j’aime pas plus le dessus que le dedans, parce que des fois, y a un dessus qui a l’air chouette, pis dedans, l’histoire, tu vois, ben c’est pas bien. Des fois c’est le dessus qui est moche, pis en fait dedans c’est bien. Comme les gens aussi, des fois ça a l’air chouette, pis en fait non… Ou alors comme les habits…

- Je peux me concentrer???

- Pourquoi tu t’énerves maman?

- Parce que je n’aime pas four… enfin, mettre ce papier sur ces cahiers.

- T’aime mieux que je le fasse moi, qu’on se fâche, et qu’après je suis triste quand je regarde un cahier et pis…

- Non!!!!!

- Tu vois maman, la rentrée c’est comme les trucs fourrés. Tu te réjouissais, et en fait, y a plein de trucs pas chouettes.
 
Brigitte Rosset, comédienne