14/01/2012

Les bonnes résolutions

ROSSET_1.jpgAlors, c’est bon, j’ai arrêté de fumer le 31 à minuit.
– Nooooon, bravo!
– Cette fois, c’est la bonne, je le sens.
– Mais, là, ça fait que deux semaines…
– Oui, mais bon, c’est déjà ça. Et toi?
– Moi, non, rien. Chaque année je me dis: «patati et patata» et au final rien du tout. L’année passée, c’était le sport, j’ai pris un abo au fitness: j’y suis allée deux fois. Arrêter de fumer: j’ai raté dix-huit fois. Ne plus tomber sur des mecs nocifs: pas gagné non plus. Plus envoyer des SMS au milieu de la nuit, à n’importe qui, quand j’ai deux verres dans le nez: pas marché. Donc cette année ma résolution, c’est: je ne change rien. Et, du coup, le moindre changement va m’étonner.
– Ben moi, j’ai pris une grande décision: en 2012 je vais m’aimer.
– Pardon?
– Je vous dis: en 2012, je vais m’aimer.
– Heu… c’est-à-dire?
– Ben, vous voyez, jusque-là, j’ai pas arrêté de me consacrer aux autres: mes collègues, mon mari, mes enfants, mes amis. Alors, là, je dis: «Stop, Soph. Là, tu prends du temps pour toi, et tu commences à t’aimer.»
– Parce que tu… t’aimais pas?
– Je sais pas comment te dire ça, mais… non, en fait. Mais, là, ça va changer. Tous les matins, je me dis que je suis formidable, belle, intelligente. Je vais chez le coiffeur deux fois par semaine, j’ai changé toute ma garde-robe…
– Et ça marche?
– Je me sens bien, belle, désirable. C’est bien simple, je m’aime tellement que j’ai plus besoin de personne.
– Ha… Chouette, alors!
Même si c’est superdur, je crois que je préfère arrêter de fumer.

Brigitte Rosset, comédienne

24/12/2011

Moi, j'y crois plus

ROSSET_1.jpgEn novembre, à l’arrivée des catalogues de Noël des grands magasins dans les boîtes aux lettres, j’ai dit à mes filles: «Regardez, choisissez. Si vous aimez beaucoup vous mettez deux croix, et si vous aimez juste un peu, une croix.» C’était bien. Ça les a occupées tout un après-midi pluvieux.
Et puis il a fallu envoyer la liste au Père Noël. J’ai hésité, là, à lâcher le morceau. J’ai rien dit.
Cette nuit, j’ai déposé un cadeau pour chacune (oui, cette année c’est le 24 au matin).
Quand elles se sont précipitées sous le sapin, ben y’avait pas les 36 paquets commandés au Père Noël.
En voyant leur déception, j’ai craqué: «Il faut que je vous avoue, le Père Noël n’existe pas. Il amène pas les cadeaux sur son traîneau. C’est les parents qui triment pour acheter vos jouets. C’est un gros mensonge, ce Père Noël. Et vous savez pourquoi il est rouge? C’est pour faire de la pub à Coca-Cola. Le vrai, il s’appelle saint Nicolas, il est blanc, il a pas de traîneau, juste un âne, et il amène des mandarines et des cacahuètes début décembre.»
La petite: «C’est parce qu’il a moins de sous qu’il amène que des cacahuètes?»
La grande: «Non c’est parce que lui, il a pas de lutins pour fabriquer les cadeaux.»
La petite: «Cette année, il avait trop de travail, le Père Noël.»
La grande: «Ouais pis nous, on a assez de cadeaux en fait.»
«Mais les puces, puisque je vous dis qu’il existe pas!»
Je sors du salon et j’entends: «Pauvre maman, elle croit plus au Père Noël.»

Brigitte Rosset, comédienne

10/12/2011

Dis maman, ça coûte combien une jambe?

ROSSET_1.jpg– T’as vu maman, la dame elle court avec une jambe électrique. – C’est pas une jambe électrique, c’est une prothèse. – Pourquoi elle a une comme tu dis? – Ben, parce qu’il lui manque une jambe. – Elle a eu un accident? – Peut-être, ou elle est née comme ça. – Mais t’as vu, elle court vite, elle. Le monsieur devant la poste, il reste assis, parce qu’il a pas une jambe électrique? – Probablement… – S’il demande de l’argent, c’est pour sa jambe? – Probablement… Oui, aussi. – Ça coûte combien une jambe? – Je sais pas ma puce. – Ça doit coûter cher, parce que le monsieur, ça fait très longtemps qu’il est là, et il a toujours pas une nouvelle jambe… – Tu sais ma puce, mon premier amoureux, il avait une jambe en moins. – Il avait une jambe électrique? – Non, mais une fausse jambe. – Pourquoi il avait plus sa jambe? – Il a eu un accident. – T’étais triste? – Non j’étais pas triste, j’étais amoureuse. Et il avait un plein de trucs en plus. – Trois bras? – Non ma puce, plein de qualités. – C’est comme moi, je suis amoureuse de Thomas, eh ben, il a un bout d’oreille en moins, mais il est très chouette. Maman, ça coûte moins cher qu’une jambe, une oreille, non? – Je sais pas ma puce. (Silence.) – Tu sais maman, j’ai remarqué, ceux qui ont un truc en moins, ils ont toujours un truc en plus. Moi, je vois pas bien, ben j’ai aussi un truc en plus: mes lunettes! P.-S.: Mon premier amoureux, il a une association formidable, qui aide tous ceux qui ont un truc en plus, heu en moins: www.boutdevie.org.

Brigitte Rosset, comédienne