22/10/2011

Mais plains-toi, maman!

ROSSET_1.jpgJ’aime pas les samedis ensoleillés d’octobre. C’est pas encore novembre et son cortège de pluie, de froid et de temps gris qui nous invitent doucement à flemmer en pyjama, en toute légitimité et sans aucune culpabilité.

Il fait beau, on sort! Je me retrouve au parc, avec les petites chéries, deux trottinettes, les seaux, les pelles, les poupées, le ballon, les doudous, les craies, les livres, le goûter. Faut tout porter, c’est lourd. Je peste. J’aime pas aller au parc, ça m’ennuie à mourir. Faut papoter avec les autres mamans, comparer, parler pédiatre, et courbes de croissance et maîtresses, et devoirs et activités parascolaires, «les vôtres, elles font de la musique? Et du sport?».

Je râle de devoir pousser la balançoire, de m’extasier devant le château de sable, de porter les petites chéries dans les toilettes puantes, d’oublier les mouchoirs (y a jamais de papier dans les toilettes puantes du parc), de remplir mon sac à main de pives, de cailloux, de feuilles mortes, de marrons pourris. Je ronchonne, je clabaude, je grogne, je rumine.

Alors que je geins sur mon infortune, un homme, en chaise roulante, amputé des deux jambes me fait assez vite revenir sur terre: «Excusez-moi madame, ça ne vous embêterait pas de surveiller un moment ma petite pendant que je vais jouer au basket avec le grand?»

– Moi: «Oh mais non, pas du tout!»

J’ai passé une heure échouée dans le bac à sable, avec la petite en question, à faire des pâtés. Bien fait pour moi!

Brigitte Rosset, comédienne

15/10/2011

Salon de thé funèbre

brigitte_rosset.jpgJ’étais dans un tea-room à Martigny, mais oui, dans un tea-room en Valais! Et à la table d’à côté, j’ai surpris une étrange conversation. Avec l’accent du cru, c’est encore mieux.

LUI. – Tu vois le sapin, le Maurice, vraiment, ça lui irait bien…
ELLE. – (Regardant un catalogue) Je sais pas, oui, pourquoi pas, mais je pensais moi à du plus léger.
LUI. – Alors oui, ben le prix, c’est pas pareil.
ELLE. – Mais il brûle bien, ton sapin, au moins?
LUI. – Ha, tu veux l’incinérer, le Maurice? Donc non, effectivement, t’as pas besoin du sapin, le contreplaqué, là, va bien. Pis regarde, j’ai plusieurs modèles pour l’urne. Ça, c’est le modèle féminin, mais bon, on le vend aussi bien pour les hommes.
ELLE. – (Dubitative, regardant le catalogue) Oui, c’est pas mal, mais ça prend pas trop de place sur la cheminée?
LUI. – Je trouve, c’est assez décoratif. Mais si tu veux, on peut enlever les fleurs sculptées dessus. C’est en option.
ELLE. – Le modèle homme, là, il va mieux, plus sobre, c’est plus discret.
LUI. – Oui, pis moins cher, aussi.
ELLE. – Alors, va pour le modèle homme!
LUI. – T’as besoin d’autre chose encore?
ELLE. – Non, je crois, là, c’est tout bon…
LUI. – Mais dis-moi, Marinette, il te faut tout ça pour quand?
ELLE. – Ben je sais pas, faudrait déjà qu’il meure, ce con!!!

J’ai fui ce tea-room et dans le troquet d’en face, je me suis envoyé une petite arvine à la santé de Maurice. «Longue vie à toi!» Définitivement, je préfère les vieux cafés, même sans fumée, aux salons de thé capitonnés.

Brigitte Rosset, comédienne

08/10/2011

La théorie du bac à sable

brigitte_rosset.jpgPetite chérie revient du parc en larmes. Un garçon a démoli, d’un gros coup de pied, le beau château de sable qu’elle avait mis «teeellement» de temps à construire.
Je tente de la consoler: «Tu en feras un autre, pleure pas, viens, gros câlin. Allez, c’est oublié.»
Mais petite chérie est inconsolable. «Mais pourquoi il a fait ça? C’est juste méchant!»
Je confirme: «Oui, c’est juste méchant! Mais, tu sais, petite chérie, quand tu seras grande, tu vas encore en croiser des destructeurs de châteaux de sable, c’est inévitable, crois-en mon expérience…»
Elle me regarde avec ses grands yeux; interrogative.
Alors, très sérieusement, je lui sors ma théorie: «Tu vois, dans la vie, c’est comme dans le bac à sable. Il y a ceux qui construisent, ceux qui aident à construire, ceux qui observent et qui font tout seuls dans leur coin, et ceux qui détruisent. Et tu sais pourquoi ils détruisent? Parce qu’ils sont jaloux. Ils savent qu’eux, ils ne pourront pas en construire un aussi beau. Il faut juste savoir qu’ils existent, et te rendre compte que, toi, tu sais les faire, les châteaux, c’est le plus important. Tu auras toujours la possibilité d’en refaire un autre, plus tard, si tu en as envie.»
Petite chérie est calmée, elle ne sanglote plus, je suis fière de moi. Un temps, elle me regarde droit dans les yeux et dit: «Ouais, ben, je vais retourner au parc casser tous les châteaux de sable.»
Moralité: éviter les théories à deux balles avec petite chérie.

Brigitte Rosset, comédienne