19/11/2011

Dodo, l’enfant do…

ROSSET_1.jpgC’est inhumain d’arracher un enfant à son sommeil pour l’emmener à l’école en novembre!

On a fait tellement d’efforts pendant ses trois premières années pour qu’il dorme: on en a usé des stratagèmes pour qu’il ferme ses petits yeux, chanté des berceuses, fait des tours en voiture pour l’endormir, avalé des kilomètres avec bébé dans les bras, des promenades en poussette…

On a transformé sa chambre en forteresse du sommeil, accroché un «chut bébé dort» sur la porte, enlevé les piles de la sonnette de l’entrée. On a même acheté une machine à laver silencieuse!

Et quand petit trésor arrive à l’âge où, enfin, il a compris que c’est sympa de dormir le matin, que maman est de meilleure humeur quand elle a ses huit heures de sommeil: on l’arrache à son lit douillet, pour l’envoyer faire de la pâte à modeler!!!

Maman prend sa voix toute douce, la même qui lui disait «dort mon bébé, dort, tout va bien maman est là, tout va bien»; lui chuchote dorénavant dans les oreilles: «Il faut se réveiller, c’est l’heure, ouvre tes petits yeux mon chouchou.»

– Mais maman, il fait nuit!

– Oui il fait nuit, mais c’est l’heure d’aller à l’école.

– Mais maman, le soleil, lui, il dort encore!!

Et quand il deviendra adolescent, on l’engueulera parce qu’il émerge à midi en se grattant le nombril. Allez comprendre la logique des adultes…

«L’enfance est le sommeil de la raison», disait Rousseau. Ben moi, je dis: «On n’a pas raison avec le sommeil de nos enfants!»

Brigitte Rosset, comédienne

16/11/2011

Fin de partie

COMMENT.jpgJe me trouvais à Rome, en 1994, lorsque Silvio Berlusconi a débarqué dans l’arène politique en lançant son parti, Forza Italia, qui allait aussitôt le conduire à la victoire. Cette fulgurante ascension, le Cavaliere l’avait démarrée en achetant un club de football, l’AC Milan, pour en faire un club de l’élite européenne. C’est ce succès sportif, et la réussite de ses entreprises qui ont séduit les électeurs, trop souvent en quête de miracles. Depuis, l’Italie est à la dérive. Malgré les efforts obstinés des juges, Berlusconi a su échapper à la justice dans les affaires de corruption ou de malversations qui l’impliquaient, en faisant voter des lois sur mesure par des parlementaires qui seront redevables d’explications devant l’histoire. Ni les évidents conflits d’intérêt, ni les scandales sexuels, ni les bourdes en tout genre sur la scène internationale, ni les attaques contre les institutions de l’Etat, rien de tout cela n’a eu raison d’un homme qui semblait inamovible.

Mais qu’a fait l’Europe? Comment a-t-elle accepté, sans broncher ou presque, la confiscation de l’intérêt public par des intérêts privés? Pourquoi la Commission européenne, présidée par le désastreux Barroso, n’a-t-elle jamais sanctionné ou simplement menacé un gouvernement où le racisme avait droit de parole? Ce sont finalement les marchés qui ont chassé Berlusconi, parce qu’il ne servait plus leurs intérêts. Bien sûr, on est heureux que cette tragique bouffonnerie prenne fin. Mais l’Europe n’en sort pas grandie. Elle a fermé les yeux. Et dire que l’idée européenne est précisément née pour se protéger des extrémismes et pour garantir les équilibres démo-cratiques…

Bernard Comment, écrivain

11/11/2011

La franchise est une hypocrisie

BENDAHAN_9.jpgUne étude vient de montrer que près d’une personne sur cinq renonce à des soins pour des raisons financières en Suisse. C’est horrifiant. D’abord, bien sûr, car la société a les moyens de prodiguer ces soins, et des gens n’y ont pas accès et en souffrent. De plus, c’est une fausse économie: ne pas se soigner lorsqu’on supporte encore les symptômes peut causer une dégradation qui amènera plus de douleurs et plus de coûts pour tous.

Ce problème est le reflet d’un mécanisme particulièrement injuste et hypocrite: la franchise. Les incitations qu’elle amène sont complètement contre-productives. Au début, l’assurance ne rembourse absolument rien, ce qui pousse au maximum les gens à ne pas se soigner, même s’ils devraient. Ensuite, après avoir payé la franchise et la quote-part, l’incitatif disparaît complètement.

Le pire, c’est cette notion de franchise flexible. Le résultat? Les personnes âgées ou malades paient beaucoup plus de primes que les bien-portantes, même si elles ne sont pas fautives de leur situation! Les personnes avec des revenus limités vont choisir une franchise élevée. Cela signifie que, à part dans les cas très graves, elles devront assumer seules tous les soins dont elles auraient besoin, comme si elles n’étaient pas assurées.

Ce n’est pas en traitant les gens comme des enfants et en les punissant injustement qu’ils seront responsabilisés dans leur usage des soins. Au contraire, nous avons besoin d’un système de santé plus solidaire, démocratique, au lieu d’être gouverné par les intérêts économiques.