12.05.2012

Mère indigne

invit12.jpg– Maman, c’est pour toi!
– Oh mais comme c’est joli, qu’est-ce que c’est?
– Tu le tiens à l’envers, maman.
– Ha oui, comme c’est joli! Mais qu’est-ce que c’est?
– Ben c’est un vase! – Ha ouiii, un vase!
– Mais tu dois pas mettre de l’eau dedans, sinon il fond. C’est du papier.
– Bien, alors je vais pas mettre de l’eau alors. Merci beaucoup ma chérie.
– Tu vas le mettre où?
– Ici, sur la table, qu’est-ce que tu en penses?
– Mais tu vas le laisser là, hein?
– Bien sûr, mais pourquoi tu dis ça?
– Parce que tous les autres cadeaux que je t’ai donnés aux autres Fêtes des mères, je les vois plus jamais.
–… Bon, je le mets là alors.
– Maman, ils sont où les autres cadeaux des autres Fêtes des mères?
– Ha… Eh bien, ils sont… ils sont…
– Tu les as pas gardés?
– Tu sais, au bout d’un moment, eh bien, je les ai rangés.
– Dans la poubelle?
–… Quand on a déménagé, j’ai pas tout gardé… On peut pas tout garder… Si tu regardes dans la grande boîte, y en a certains.
– J’ai regardé, y en a plein de Jules, y en a de Clémence et seulement deux de moi.
– Oui, mais toi, tu en as fait moins, puisque tu es plus petite.
– Tu sais, grand-maman, elle a gardé dans sa boîte à couture un cadeau que tu lui as fait quand tu avais 6 ans. T’imagines comme elle est vieille, ben elle a gardé ton cadeau très, très longtemps. Elle doit t’aimer fort!
– Ma chérie, regarde-moi. Je t’aime très, très, très fort. Et tu sais quel est mon plus beau cadeau? C’est vous trois!
– Oui, mais pourquoi tu as jeté mes cadeaux?
–…

Brigitte Rosset, comédienne

04.05.2012

La loi de la jungle

Fathi.jpgLes lobbies bernois ont mauvaise presse. A tort. J’aime les lobbies. Ils incarnent la société civile dans un microcosme politico-médiatique parfois incestueux… Ils animent les couloirs du Palais: un militant du WWF, une lesbienne qui veut des enfants, un physicien pronucléaire, un médecin-dentiste, un assureur, un artiste… La vie, quoi!

Ce contact avec la «vraie vie» est sain pour notre système politique. La confrontation d’idées permet au parlementaire de se faire une opinion, tout en restant en contact avec la réalité. Mais pour cela, encore faut-il qu’il y ait contact. Et que le lobbyiste… existe! Ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas.

En effet, les lobbies les plus puissants sont les lobbies invisibles. Sans carte de visite, sans étiquette, sans visage: les «lobbies des hobbies». Des élus, tous partis confondus, qui défendent leurs passions communes. La défense des animaux en est une. Un lobby transversal, interparti, qui peut faire et défaire des majorités. Sans harceler les parlementaires: ils n’en ont pas besoin, ils siègent déjà.

Les résultats sont là: sous l’influence du «lobby des animaux», le Parlement a par exemple refusé d’interdire les chiens dangereux. Mais il vient d’approuver sans hésiter une interdiction des dauphins. Quand des enfants risquent de se faire déchiqueter par des molosses, le Parlement se débine. Mais pour bannir les dauphins – que les enfants adorent – il est unanime.

C’est la loi de la jungle bernoise: les animaux sont rois. Jeudi prochain, en commission, nous allons nous pencher le plus sérieusement du monde sur une interdiction de détenir un lapin seul. Il paraît qu’ils aiment la compagnie. Je vais proposer qu’on leur installe le téléréseau et un minibar. Voire, puisqu’ils l’aiment, un peu de compagnie. Un pitbull?

Fathi Derder, Conseiller national (PLR/VD)

03.05.2012

L’affaire des fiches II

invit3.jpgVous vous rappelez sans doute le scandale de l’Etat «fouineur», qui avait éclaté dans les années 1980 parce que les autorités fédérales et les polices cantonales avaient observé entre 700 000 (selon la police) et 900 000 personnes (selon les «participants»). Il avait débouché sur une énorme crise institutionnelle et, pour les personnes touchées, sur un intense sentiment de trahison et de viol de la personnalité.

Notre pays en a tiré les conséquences, mais manifestement pas notre économie privée, qui fait nettement plus fort: selon un récent «Temps présent», certaines sociétés de renseignement privées entretiennent des fichiers portant sur près de six millions de citoyens suisses, soit en gros l’entier de la population! Sur le modèle des fameuses agences de notation qui octroient des notes aux pays en fonction de leur solvabilité, ces entreprises notent les individus, à leur insu et en utilisant des méthodes opaques. Si vous avez eu le malheur d’avoir un incident de parcours (retard, contestation…), celui-ci vous poursuivra donc toute votre vie et, sans que vous sachiez pourquoi, vous n’aurez alors plus accès à certaines transactions…

Alors, la liberté économique serait-elle moins importante que la liberté politique? Si nous ne tolérons pas que l’Etat se préoccupe de nos opinions, pourquoi devrions-nous accepter que des privés accumulent des informations sur notre rapidité de paiement? Comme des registres officiels existent pour combattre l’insolvabilité et le surendettement, ce fichage est inutile et dangereux. Il doit être éradiqué.

Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC

02.05.2012

Baroud sans honneur

comment.jpgUne série américaine devenue culte, «A la Maison- Blanche», fait pénétrer le spectateur dans la ruche de la présidence américaine, avec ses conseillers en tout genre, les batailles parlementaires, les dossiers à déminer, les stratégies à mener, les cellules de crise internationale. Par un curieux hasard, l’épisode de la saison 4 que je regardais hier avait pour sujet le débat télévisé, décisif, entre le président démocrate Bartlet et son adversaire républicain. Tous les arguments sont préparés, répétés, il s’agit de répondre en quelques mots, dix tout au plus, à chaque question. Bref, tout est prévu.

Le débat télévisé de ce soir entre Hollande et Sarkozy ne changera sans doute rien à un rapport de force qui n’a pas bougé depuis des semaines, voire des mois. Ce qui est curieux, c’est la névrose d’échec du candidat Sarkozy, qui vient se loger dans les détails symboliques. Comme Ségolène Royal en 2007, il a fait son meeting d’entrée en campagne à Villepinte, comme elle en 2007 il organise un grand meeting d’entre deux tours le 1er mai (cette fois-ci au Trocadéro, dans une architecture néo-classique monumentaliste des années 1030… en plein XVIe arrondissement!) Et comme elle cinq ans plus tôt, il a déjà perdu (au terme d’un baroud d’honneur parfois déshonorant). Merkel l’a anticipé, tout comme Fillon, Copé et quelques autres, qui se disputent la direction de la droite défaite. Deux France ont été opposées jusqu’à la caricature. Il est grand temps de les réconcilier.

Bernard Comment, écrivain

 

01.05.2012

Oh! Que la pente est glissante…

invit1.jpgL’initiative «Financer l’avortement est une affaire privée» veut soustraire de l’assurance de base le financement des avortements. Ses initiants estiment que leurs primes ne doivent pas soutenir un acte qu’ils réprouvent et qui n’est pas une maladie. Selon eux, cette initiative participerait à la baisse des primes.

Comme tout cela est dangereux!

La valeur et l’avenir de notre société se jugent aux libertés données à ses citoyens si ces dernières sont compensées par la solidarité que l’on crée entre les groupes de population. Ce n’est qu’ainsi que la cohésion sociale indispensable est assurée.

Or cette initiative entamerait cette solidarité et remettrait en cause l’édifice entier de nos assurances puis de notre Etat de droit. En effet pourquoi n’exclure de l’assurance de base que l’avortement? Pourquoi devrions-nous supporter financièrement les traitements des fumeurs qui ont encrassé leurs poumons pendant des années? Pourquoi payer les dialyses à un alcoolique ou l’insuline de l’obèse diabétique? Sans mentionner la cure de désintoxication des drogués!

Quant à l’argument des coûts, il n’est pas crédible puisqu’un avortement coûte moins cher qu’un accouchement. Le premier coûte entre 1000 et 2000 francs et le second s’évalue entre 2500 et 10 000 francs. En outre, la Suisse est le pays européen qui connaît le moins d’avortements.

La morale qui ouvre la porte à l’exclusion des plus faibles n’a pas sa place dans notre Constitution fédérale.

Antoinette de Weck, conseillère communale de la Ville de Fribourg

07.04.2012

Parfois, il faudrait ne pas grandir

invit7.jpg– Heinn… Tu crois vraiment qu’un lapin, il peut entrer dans un grand magasin, et acheter des choses?
– Ben oui, s’il a de l’argent.
– T’as déjà vu un lapin faire des courses dans un grand magasin?
– Non, mais c’est parce qu’il vient quand les enfants sont pas là.
– Alors pourquoi maman elle a mis un sac avec des lapins et des œufs en chocolat dans le coffre?
– Ben, parce que c’est le lapin qui lui a donné.
– Tu crois encore que c’est un lapin qui cache les œufs?
– Ben oui.
– Ouais, pis alors, il les porte comment les œufs?
– Ben, il a un grand panier dans le dos. Comme le Père Noël.
– T’as déjà vu un lapin avec un panier sur le dos?
– Non, pas ici, mais dans les autres pays, ça existe.
– Alors le lapin, il prend l’avion avec son panier sur le dos pour venir cacher les œufs?
– Ben, peut-être qu’il a une poche devant, comme les kangourous.
– Et la souris alors, tu crois qu’elle les porte comment, les dents? Avec un panier sur le dos?
– La souris, elle a pas de panier. Elle est trop petite.
– Alors elle les prend dans ses petites pattes, peut-être?
– Ben non. La souris, elle les mange, les dents. Elle en fait de la bouillie, qu’elle garde dans ses joues, et après elle donne la bouillie à ses enfants. Comme les oiseaux.
– Mais tu gobes vraiment tout ce qu’on te raconte, toi!
– C’est pas parce que tu crois plus au Père Noël, que tu dois me raconter des carabistouilles!
– Pff… De toute façon t’es vraiment trop petite, tu comprends rien.
– Ben toi, t’es trop grande!

Brigitte Rosset, comédienne

06.04.2012

Le trouillomètre à zéro

DERDER.jpg«Pense à ta réélection…» Ce conseil me suit partout. Depuis mon élection, j’ai découvert qu’un des moteurs de la politique, c’est la trouille. La trouille de ne pas être réélu.

On m’a d’ailleurs bien fait comprendre qu’en la matière, je fais tout faux. La sentence est tombée dans l’émission «Forum» de la RTS: «Si vous continuez comme ça, M. Derder, vous ne serez pas réélu!» Mon interlocuteur avait l’air grave. Presque solennel. Un peu sonné, je me suis arrêté net, avant de confesser l’inconfessable: «Je ne fais pas de la politique pour être réélu.»

Que n’avais-je dit? Silence interloqué autour de la table. Et minibuzz, depuis… Les observateurs s’offusquent: «Comment? Il ne veut pas être réélu? Quel irrespect pour ses électeurs…» L’argument me laisse sans voix, à mon tour: le plus grand respect pour vos électeurs, c’est précisément de ne pas penser à votre réélection, mais à l’accomplissement du programme pour lequel on vous a élu.

On touche ici aux limites de la démocratie: l’échéance électorale paralyse les élus. C’est comme ça partout. Aux Etats-Unis, dit-on, un président fait de la politique pendant deux ans, puis entre en campagne pour deux ans. Je ne connais pas personnellement Obama, je ne sais pas si c’est vrai. Mais en Suisse, c’est un peu ça: dès le lendemain de l’élection, le trouillomètre est à zéro. On limite les prises de risques. Voire: on n’en prend pas du tout.

Ranger son courage au placard. Surtout ne fâcher personne. Car si vous fâchez quelqu’un, les observateurs (qui n’attendaient que votre premier écart) dénoncent immédiatement votre «suicide politique». Sans remarquer que, avec la politique du trouillomètre, ce n’est pas le futur candidat qui meurt, mais la démocratie.

Fathi Derder, conseiller national (PLR/VD)

05.04.2012

Wanted

invit5.jpgLa délation, ce n’est certes moralement pas l’idéal, mais il y a bien pire. Des exemples? Le harcèlement téléphonique (en général à l’heure du souper). Les promesses de gain utilisées comme appât: «Venez retirer votre merveilleux prix le…» Les arnaques à l’annuaire, soit plusieurs milliers de francs pour figurer dans un annuaire que personne ne lit. Ou encore les systèmes «boule de neige», sorte de jeu de l’avion en plus subtil. N’en jetez plus! Ou plutôt si, puisque tout est à jeter dans ces fruits de l’imagination retorse de quelques «entrepreneurs» sans scrupule.

Le Parlement l’a compris et a décidé d’armer la résistance. Pardonnez-moi ce langage guerrier, mais ce n’est pas moi qui ai commencé! «Cibles», clientèle «captive», «guérilla marketing»… Le business emploie déjà tout un arsenal de mots qui montre bien qu’on n’a pas affaire à des enfants de chœur. Il fallait donc agir avec une détermination à la hauteur de leur acharnement à nous nuire, en l’occurrence la condamnation de tous ces comportements, aussi bien sur le plan civil que pénal.

Grâce à la nouvelle loi sur la concurrence déloyale, les consommateurs, jusque-là traqués en toute impunité, vont pouvoir contre-attaquer et poursuivre leurs tourmenteurs. Les organisations de consommateurs et le Secrétariat d’Etat à l’économie coordonnent la battue pour que le marché soit enfin débarrassé de ces brebis galeuses. A chacune et à chacun de faire œuvre de salubrité publique pour faire passer le message: être déloyal, c’est illégal.

Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC

04.04.2012

Miraculeux nuage

invit4.jpgMon meilleur ami est mort, la semaine dernière. Antonio Tabucchi était un des plus grands écrivains contemporains, et un homme courageux, un intense démocrate qui avait mal à l’Italie, son pays, comme on peut avoir mal à une jambe ou au cœur.

Il se trouve que, le lendemain de sa mort, la plupart de mes appareils électroniques sont tombés en panne. Peut-être un signe de mon ami devenu fantôme. Il me disait souvent que je travaillais trop, que je devais consacrer plus de temps à la rêverie. Il avait raison. Et j’ai donc rêvassé. Mais brusquement, je me suis réveillé. Si mon téléphone devait être remplacé (comme il l’a été en effet), j’allais perdre tous ces textos qu’il m’envoyait au fil des mois, en complément des innombrables conversations téléphoniques et de nos rencontres, à Paris ou à Lisbonne. J’ai été pris de panique. Quand j’ai expliqué le cas au jeune dépanneur de l’Apple Store, il s’est montré merveilleusement compréhensif. Il a fait un miracle avec l’appareil défectueux pour envoyer tous les messages sur le «nuage» de la mémoire (cela aurait tellement plu à Antonio!), puis il les a récupérés sur le nouveau téléphone flambant neuf et tout à coup doté d’une mémoire ancienne.

Voilà, désormais les archives sont des vapeurs dans le ciel, dématérialisées mais ouvertes à la résurrection. J’ai ainsi pu parcourir les derniers mois, à l’envers. Et je me suis dit qu’il fallait relire très vite Requiem, un livre qui se passe à Lisbonne par une journée d’été caniculaire et où les vivants croisent les morts avec qui ils dialoguent sur un pied d’égalité. C’est un pur chef-d’œuvre. Un moment de grâce accomplie.

Bernard Comment, écrivain

03.04.2012

Batman au pays des hélices

invit3.jpgTapi dans sa cachette, notre héros respire doucement. Soudain, un bourdonnement singulier le met en alerte et le fait sortir de son antre. La nuit est tombée. Il se déplace rapidement. Sa mission est dangereuse. Il doit passer de l’autre côté de la crête. Sera-t-il de retour au lever du jour?

Il s’approche de la crête. Soudain, des vibrations étranges. Il a de la peine à respirer. Il se sent mal. Sa poitrine se gonfle mais l’air n’y entre plus. Il suffoque, perd connaissance et pique droit vers le sol. Ecrasé, Batman sent qu’il va mourir, mais pourquoi? Il n’a pas vu d’ennemi. Il y avait bien une immense hélice mais il ne l’a pas heurtée. Batman mourra sans comprendre!

Saviez-vous que les éoliennes font sauter les vaisseaux sanguins des chauves-souris lorsque celles-ci volent à leur proximité? Elles succombent suite à des hémorragies internes causées par les différences de pression, comme un plongeur qui remonte trop rapidement à la surface. Et comme le plongeur, elles meurent sans bruit.

Dans les années cinquante, le canton de Fribourg comptait 17 espèces de chauves-souris. Seules quatre sont encore relativement communes.

Trois sites d’éoliennes sont prévus dans notre canton. Combien de chauves-souris voleront encore dans dix ans? Or, malgré les peurs qu’elle provoque, la chauve-souris fait aussi partie de l’équilibre écologique, entre autres en consommant des milliers d’insectes en une seule nuit.

La nature ne parle pas. Doit-on la laisser mourir sans rien faire?

Antoinette de Weck, conseillère communale de la Ville de Fribourg
 

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