19/10/2011

Cherchez la femme

bernard_comment-(c)Léo Aupetit.jpgSans doute François Hollande a-t-il su mener une campagne longue, méticuleuse, de terrain, en trouvant l’énergie de poursuivre sa destinée contre vents et marées (Strauss-Kahn par exemple). Voilà la gauche pourvue d’un solide candidat, renforcé par un processus démocratique novateur qui a très bien fonctionné. Mais…

Mais? Mais la femme… Hollande n’y est pour rien, dans sa personne. Il se trouve simplement que, tout à coup, l’horizon présidentiel se vide de toute espérance féminine. Exit Martine Aubry, exit depuis une semaine Ségolène Royal. Les deux femmes socialistes sont hors jeu, même si on peut se douter que de beaux ministères les attendent (et même Matignon pour la première). La présidence demeure un apanage masculin, et la droite républicaine n’est guère pourvoyeuse d’alternative en la matière (Rama Yade a été évincée, Rachida Dati n’est plus en cour et peine à rebondir). Bref, la présidente, comme figure inédite de la République, est plus que jamais un horizon chimérique. C’est dire combien l’univers des hommes est puissant en politique. Au tournant du millénaire, il avait été question de parité, de discrimination positive. Le climat de crise a balayé ces belles et justes idées. Une fausse nature revient au galop, qui voit dans le mec celui qui sait gérer, administrer, diriger, et dans la femme au mieux un divertissement, au pire une usurpation. Hollande n’en est pas le responsable. Mais la France se trouve brusquement orpheline d’un rêve qui exaltait beaucoup de monde en 2007 et avait la vertu de l’espoir, de la nouveauté, pour une autre façon de présider.

Bernard Comment, écrivain

15/10/2011

Salon de thé funèbre

brigitte_rosset.jpgJ’étais dans un tea-room à Martigny, mais oui, dans un tea-room en Valais! Et à la table d’à côté, j’ai surpris une étrange conversation. Avec l’accent du cru, c’est encore mieux.

LUI. – Tu vois le sapin, le Maurice, vraiment, ça lui irait bien…
ELLE. – (Regardant un catalogue) Je sais pas, oui, pourquoi pas, mais je pensais moi à du plus léger.
LUI. – Alors oui, ben le prix, c’est pas pareil.
ELLE. – Mais il brûle bien, ton sapin, au moins?
LUI. – Ha, tu veux l’incinérer, le Maurice? Donc non, effectivement, t’as pas besoin du sapin, le contreplaqué, là, va bien. Pis regarde, j’ai plusieurs modèles pour l’urne. Ça, c’est le modèle féminin, mais bon, on le vend aussi bien pour les hommes.
ELLE. – (Dubitative, regardant le catalogue) Oui, c’est pas mal, mais ça prend pas trop de place sur la cheminée?
LUI. – Je trouve, c’est assez décoratif. Mais si tu veux, on peut enlever les fleurs sculptées dessus. C’est en option.
ELLE. – Le modèle homme, là, il va mieux, plus sobre, c’est plus discret.
LUI. – Oui, pis moins cher, aussi.
ELLE. – Alors, va pour le modèle homme!
LUI. – T’as besoin d’autre chose encore?
ELLE. – Non, je crois, là, c’est tout bon…
LUI. – Mais dis-moi, Marinette, il te faut tout ça pour quand?
ELLE. – Ben je sais pas, faudrait déjà qu’il meure, ce con!!!

J’ai fui ce tea-room et dans le troquet d’en face, je me suis envoyé une petite arvine à la santé de Maurice. «Longue vie à toi!» Définitivement, je préfère les vieux cafés, même sans fumée, aux salons de thé capitonnés.

Brigitte Rosset, comédienne

14/10/2011

Pourquoi s’indigner en Suisse?

samuel_bendahan.jpgL’année 2011 aura vu de nombreux mouvements émerger spontanément, puis s’exporter. Le printemps arabe a commencé en Tunisie pour continuer aujourd’hui dans d’autres pays, où la population porte des revendications similaires. Le mouvement des «indignés» est né en Espagne et s’est, lui aussi, propagé: il arrive aux portes de la Suisse ce samedi.

Y a-t-il vraiment de quoi s’indigner en Suisse? En période électorale, on entend à tort et à travers que la Suisse est un modèle de succès. La Suisse s’en tirerait beaucoup mieux que les pays de l’Union européenne dans lesquels le mouvement fait rage. Les raisons de l’indignation: un ras-le-bol de la classe politique et du système politique jugé peu démocratique, une révolte contre les inégalités et les plans d’austérité. On pourrait donc facilement se dire qu’ici le mouvement n’a pas de sens car notre pays est le plus démocratique du monde, car notre pays est un des plus riches. De quoi se plaint-on?

Certes, la Suisse connaît la démocratie directe, mais elle vient d’être épinglée dans un «baromètre démocratique», notamment à cause de son absence de transparence et de législation sur le financement des partis.

Certes, la Suisse est un pays riche, mais les inégalités y sont parmi les plus grandes du monde: 0,2% de la population détient à elle seule plus du quart des richesses du pays, et près de 10% des gens qui travaillent vivent sous le seuil de pauvreté malgré tout. Enfin, ce n’est pas parce qu’il y a pire ailleurs qu’un système est légitime.

Samuel Bendahan, économiste