12/11/2011

C’est quand Noël cette année?

ROSSET_1.jpgVers mi-novembre dans ma famille, chaque année, on a ce genre de discussion:

– Alors je vous propose de vous inviter tous chez moi le 24 au soir!

– Non, pas le 24! On va chez mes beaux-parents, comme chaque année.

– Pour nous ça va bien le 24.

– Oui mais pour nous ça va pas.

– Pour moi ça va.

– Oui mais pour nous pas.

– Bon alors je vous invite le 25 au soir!

– Ah non! Alors là, c’est pour nous que ça va pas. On part le 25 au matin. On avait dit qu’on fêtait le 24, alors on a pris des billets pour le 25.

– On a pas pu dire le 24, puisque nous on peut jamais le 24.

– Pour moi le 25 ça va.

– Oui mais pour nous pas.

– Bon, bon alors je vous propose le 24 à midi.

– Une dinde à midi… C’est pas un peu lourd?

– Si c’est la dinde le problème, je peux aussi prévoir autre chose.

– Ah non, non! Sans la dinde, c’est pas Noël.

– Et excusez-moi, mais à midi, c’est pas magique le sapin allumé.

– Ben on fermera les rideaux!

– Bof, non…

– Bon, très bien, d’accord, pas à midi.

– Si on disait le 23 au soir alors?

– C’est pas le vrai jour, mais bon pour nous ça va.

– Pour nous aussi, très bien.

– Alors parfait, le 23 au soir!

– Ah non, je suis désolée, mais moi je travaille le 23 au soir…

– Pff.

– Bon écoutez, ça semble tellement compliqué, on fête pas Noël, pis voilà!!

Et là tous en chœur, on crie: «Quoi???» Et on recommence la discussion.

Nos agendas sont tellement chargés fin décembre, je me dis que Jésus, il aurait mieux fait de naître un autre jour, on aurait moins de problèmes à le fêter.

Brigitte Rosset, comédienne

 

11/11/2011

La franchise est une hypocrisie

BENDAHAN_9.jpgUne étude vient de montrer que près d’une personne sur cinq renonce à des soins pour des raisons financières en Suisse. C’est horrifiant. D’abord, bien sûr, car la société a les moyens de prodiguer ces soins, et des gens n’y ont pas accès et en souffrent. De plus, c’est une fausse économie: ne pas se soigner lorsqu’on supporte encore les symptômes peut causer une dégradation qui amènera plus de douleurs et plus de coûts pour tous.

Ce problème est le reflet d’un mécanisme particulièrement injuste et hypocrite: la franchise. Les incitations qu’elle amène sont complètement contre-productives. Au début, l’assurance ne rembourse absolument rien, ce qui pousse au maximum les gens à ne pas se soigner, même s’ils devraient. Ensuite, après avoir payé la franchise et la quote-part, l’incitatif disparaît complètement.

Le pire, c’est cette notion de franchise flexible. Le résultat? Les personnes âgées ou malades paient beaucoup plus de primes que les bien-portantes, même si elles ne sont pas fautives de leur situation! Les personnes avec des revenus limités vont choisir une franchise élevée. Cela signifie que, à part dans les cas très graves, elles devront assumer seules tous les soins dont elles auraient besoin, comme si elles n’étaient pas assurées.

Ce n’est pas en traitant les gens comme des enfants et en les punissant injustement qu’ils seront responsabilisés dans leur usage des soins. Au contraire, nous avons besoin d’un système de santé plus solidaire, démocratique, au lieu d’être gouverné par les intérêts économiques.

05/11/2011

Ainsi va la vie

ROSSET_1.jpgPaul, il descend tout seul l’escalier et y a un petit bus qui vient le chercher pour l’amener au Pivert.
Thomas, lui, il descend avec sa maman ou son papa, et ils partent à pied aux Tournesols.
En arrivant, Paul retrouve ses copains et ses copines, et fait un peu de lecture avec les animatrices.
Thomas, lui, il aime pas les livres, il préfère peindre ou jouer aux Lego.
A midi, Paul et Thomas ne rentrent pas manger à la maison. Ils restent avec leurs copains.
On leur prépare des repas équilibrés.
Eux, ils mangent tout seuls. Y en a qui arrivent pas.
S’ils se salissent un peu, c’est pas grave.
Ils sont obligés de faire une sieste après le repas. Aucun des deux n’aime ça.
Mais, s’ils restent tranquilles dans leurs lits, ça va aussi.
Thomas a toujours son doudou, Paul n’en a plus depuis longtemps.
L’après-midi, Paul part en promenade au parc ou au bord du lac. Thomas aussi.
Ils ne vont jamais très loin parce que ça prend déjà beaucoup de temps d’habiller tout le monde, et ils ne marchent pas tous au même rythme. Les animatrices les aident et, pour ceux qui sont trop fatigués, y a toujours les poussettes.
Parfois, ils font de grandes sorties, pour aller au musée ou pour voir un spectacle.
Pour Paul et pour Thomas, vers 15 h y a le goûter. Paul aime les biscuits secs, trempés dans le thé. Thomas, les croissants dans le chocolat.
Vers 17 h, le papa ou la maman ou la nounou de Thomas vient le chercher.
Paul, lui, rentre tout seul, avec le petit bus.
Thomas a 2 ans.
Paul a 92 ans.

Brigitte Rosset, comédienne