05/11/2011

Ainsi va la vie

ROSSET_1.jpgPaul, il descend tout seul l’escalier et y a un petit bus qui vient le chercher pour l’amener au Pivert.
Thomas, lui, il descend avec sa maman ou son papa, et ils partent à pied aux Tournesols.
En arrivant, Paul retrouve ses copains et ses copines, et fait un peu de lecture avec les animatrices.
Thomas, lui, il aime pas les livres, il préfère peindre ou jouer aux Lego.
A midi, Paul et Thomas ne rentrent pas manger à la maison. Ils restent avec leurs copains.
On leur prépare des repas équilibrés.
Eux, ils mangent tout seuls. Y en a qui arrivent pas.
S’ils se salissent un peu, c’est pas grave.
Ils sont obligés de faire une sieste après le repas. Aucun des deux n’aime ça.
Mais, s’ils restent tranquilles dans leurs lits, ça va aussi.
Thomas a toujours son doudou, Paul n’en a plus depuis longtemps.
L’après-midi, Paul part en promenade au parc ou au bord du lac. Thomas aussi.
Ils ne vont jamais très loin parce que ça prend déjà beaucoup de temps d’habiller tout le monde, et ils ne marchent pas tous au même rythme. Les animatrices les aident et, pour ceux qui sont trop fatigués, y a toujours les poussettes.
Parfois, ils font de grandes sorties, pour aller au musée ou pour voir un spectacle.
Pour Paul et pour Thomas, vers 15 h y a le goûter. Paul aime les biscuits secs, trempés dans le thé. Thomas, les croissants dans le chocolat.
Vers 17 h, le papa ou la maman ou la nounou de Thomas vient le chercher.
Paul, lui, rentre tout seul, avec le petit bus.
Thomas a 2 ans.
Paul a 92 ans.

Brigitte Rosset, comédienne

02/11/2011

L’autre face du monde

COMMENT.jpgL’Amérique est un pays bon enfant, et les citrouilles de Halloween peuvent prêter à sourire. Mais à New York, les choses prennent une autre tournure. La fête n’y est pas réservée aux seuls enfants ou jeunes, mais concerne toute la population, en une fantastique parade qui s’étire le long de la Sixième Avenue, dans une succession de déguisements qui renvoient à quelques références majeures de la culture populaire, comme le magicien d’Oz, ou Superman et toute la bimbeloterie de Disney.

Mais aussi et surtout défilent des transsexuels et travestis, pour exprimer cette variété des genres que Lou Reed a magnifiquement exprimée dans son album «Transformer» au début des années 1970, le même Lou Reed qui a rendu un hommage à sa ville et notamment à la Halloween Parade dans un autre album plus tardif, «New York». C’est tout le milieu underground, le côté obscur de la vie, qui s’exprime dans ses chansons comme dans la parade à laquelle j’ai assisté avec un bonheur enjoué, conscient de vivre un moment typique, même si la parade n’a été instaurée qu’en 1973, à l’époque de toutes les folies précisément.

Mais c’est la même idée de folie que j’ai retrouvée ce matin devant les toiles de De Kooning dans l’extraordinaire rétrospective que consacre le MoMA à ce peintre de génie, qui a su faire voler en éclats le corps et le visage de ses modèles, en particulier dans ses fameuses séries de «Women», des femmes explosées, sidérantes, terrifiantes parfois. Le masque tombe, et derrière la société bourgeoise de New York surgit une indomptable animalité. C’est l’autre face du monde, que nous montrent les carnavals et les grands artistes.

Bernard Comment, écrivain

07:36 | Lien permanent | Tags : invite, semaine, matin

31/10/2011

Une vie si bien rangée

ROSSET_1.jpgMa copine Magali, c’est le genre de fille qui file des complexes. Je la croise dans la rue, ma fille tombe, hop, elle sort un désinfectant et des sparadraps de son sac. Elle, elle a toujours tout dans son petit sac, toujours un paquet de mouchoirs! Moi, quand on me demande un mouchoir, je cherche même plus, je sais que j’en ai pas.

Chez elle, c’est beau et tout est rangé, tout. Et elle travaille, Magali. A plein-temps. Elle a deux enfants, bien élevés, et y a pas un jouet qui traîne dans le salon. Mais même pas un! Dans son armoire, les pulls sont pliés et triés par couleur. Y a pas de poussière sur ses livres. C’est donc qu’en plus, elle lit. Et elle se souvient de ce qu’elle a lu, elle peut en parler des heures. Elle connaît toutes les séries, même celles qui sont pas sorties en Suisse.

Si j’ai besoin d’un osthéo, d’un psy, d’un coiffeur, d’un kiné, d’un répétiteur, d’un pédiatre, elle a une adresse.

Elle ne manque jamais de capsules pour sa machine à café. Elle a toujours du lait en réserve. Elle sait où est le tire-bouchon. Elle en a deux. Un dans la cuisine, un dans le salon. Elle trie ses déchets, elle fait même du compost, et pourtant chez elle ça sent pas l’orange pourrie.

Quand elle fait ses valises pour partir en vacances, elle a des listes. Et, quand elle rentre de voyage, une heure après, y a plus rien qui traîne. Les valises sont à la cave et la machine à laver tourne.

Son chéri, elle a aussi voulu le ranger, il est parti…

Ça me dérange.

Brigitte Rosset, Comédienne

 

 

12:50 | Lien permanent | Tags : matin, semaine, invite