28/10/2011

Pharmaceutique: les deux faces d’un scandale

BENDAHAN_9.jpgBeaucoup de choses ont déjà été dites sur l’annonce scandaleuse de Novartis: 2000 licenciements, plus de 2 milliards de bénéfices en trois mois! On s’est tant indigné contre les suppressions d’emplois qu’on a oublié de le faire par rapport à ce bénéfice considérable: mais d’où vient-il?

En 2010, Novartis a annoncé 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires, c’est-à-dire d’argent reçu. Il faut ensuite payer les coûts: production, marketing, administration. Il faut surtout financer la recherche et le développement, et c’est cet argument que les pharmas utilisent pour justifier leurs prix exorbitants. Tous les coûts de Novartis en 2010, y compris recherche et impôts, ont été de 40 milliards. Où sont les 10 milliards restants? Dans la poche des actionnaires. Cela veut dire qu’en moyenne, si vous achetez un médicament qui coûte 25 francs, vous payez 5 francs qui ne servent ni à la recherche ni à payer la fabrication du médicament. Ce sont 5 francs de trop. Et demain, nous paierons 5 fr. 10 de trop à cause des économies faites sur les licenciements.

Etant donné les différences de prix entre les pays, les Suisses contribuent probablement bien plus que cela à la marge des actionnaires. Qu’une entreprise doit financer ses coûts, c’est normal. Qu’une entreprise offre un rendement raisonnable à ses actionnaires, c’est le système économique qui le veut. Mais que ce rendement soit si gigantesque, c’est un abus de position dominante.

Chaque franc que l’on paie aux universités et aux écoles polytechniques pour faire de la recherche n’est utilisé qu’à cet effet, sans que l’on gaspille 20% de ce que l’on donne. Contrairement à une fausse croyance, c’est bien dans le service public que réside le secret d’une recherche efficace et surtout accessible à toutes et tous.

Samuel Bendahan, économiste

22/10/2011

Mais plains-toi, maman!

ROSSET_1.jpgJ’aime pas les samedis ensoleillés d’octobre. C’est pas encore novembre et son cortège de pluie, de froid et de temps gris qui nous invitent doucement à flemmer en pyjama, en toute légitimité et sans aucune culpabilité.

Il fait beau, on sort! Je me retrouve au parc, avec les petites chéries, deux trottinettes, les seaux, les pelles, les poupées, le ballon, les doudous, les craies, les livres, le goûter. Faut tout porter, c’est lourd. Je peste. J’aime pas aller au parc, ça m’ennuie à mourir. Faut papoter avec les autres mamans, comparer, parler pédiatre, et courbes de croissance et maîtresses, et devoirs et activités parascolaires, «les vôtres, elles font de la musique? Et du sport?».

Je râle de devoir pousser la balançoire, de m’extasier devant le château de sable, de porter les petites chéries dans les toilettes puantes, d’oublier les mouchoirs (y a jamais de papier dans les toilettes puantes du parc), de remplir mon sac à main de pives, de cailloux, de feuilles mortes, de marrons pourris. Je ronchonne, je clabaude, je grogne, je rumine.

Alors que je geins sur mon infortune, un homme, en chaise roulante, amputé des deux jambes me fait assez vite revenir sur terre: «Excusez-moi madame, ça ne vous embêterait pas de surveiller un moment ma petite pendant que je vais jouer au basket avec le grand?»

– Moi: «Oh mais non, pas du tout!»

J’ai passé une heure échouée dans le bac à sable, avec la petite en question, à faire des pâtés. Bien fait pour moi!

Brigitte Rosset, comédienne