04/02/2012

Les goûts des autres

invite.jpgJ’aimerais faire les menus du week-end. Alors, dites-moi, vous n’aimez pas quoi?

– Jacques et moi, on est pas compliqués. On mange de tout. Hein Jacques?

– Oui, de tout.

– C’est parfait. Et Clémence et Laurent? Y a des choses que vous n’aimez pas?

– Laurent, c’est bien simple, il n’aime rien. Son palais, c’est un vrai cauchemar.

– Mais enfin, Clémence, arrête. C’est très gênant.

– Mais Laurent, puisque Béatrice demande…

– Oui mais bon, c’est pas vrai, je n’aime pas rien.

– Si, tu vas voir, Béatrice, il n’aime rien.

– Le poulet, il aime?

– Ha non, le poulet, il n’aime pas!

– Mais oui, j’aime beaucoup le poulet.

– Ha oui? C’est nouveau ça!

– Mais mon amour…

– On y va pour le poulet, dimanche midi.

– C’est vrai, Laurent, sincèrement, tu n’aimes rien!

– Mais enfin, Clémence, arrête. Je n’aime pas rien.

– Et le poisson, il aime?

– Il déteste!

– Non, Clémence, enfin! Béatrice, du poisson, ça ira très bien.

– Ce soir poisson. Et comme cet après-midi, on va chercher des truffes, je pensais en mettre dans le poulet. Vous aimez tous les truffes?

– Ha oui!

– Non, Laurent n’aime pas les champignons.

– Mais enfin, Clémence, j’adore les champignons.

– Ha bon, tu adores les champignons?

– Parfaitement Clémence, j’adore les champignons.

– Je te rappelle juste, que quand j’ai fait ma recette de champignons aux agrumes pour ta famille, tu as tout vomi… Idem pour le poulet au cacao et pour mon poisson à la menthe…

– Oui mais enfin…

–…

– C’est «ma» cuisine que tu n’aimes pas Laurent???

–…

– Bon, je vais faire les courses…

 

19/11/2011

Dodo, l’enfant do…

ROSSET_1.jpgC’est inhumain d’arracher un enfant à son sommeil pour l’emmener à l’école en novembre!

On a fait tellement d’efforts pendant ses trois premières années pour qu’il dorme: on en a usé des stratagèmes pour qu’il ferme ses petits yeux, chanté des berceuses, fait des tours en voiture pour l’endormir, avalé des kilomètres avec bébé dans les bras, des promenades en poussette…

On a transformé sa chambre en forteresse du sommeil, accroché un «chut bébé dort» sur la porte, enlevé les piles de la sonnette de l’entrée. On a même acheté une machine à laver silencieuse!

Et quand petit trésor arrive à l’âge où, enfin, il a compris que c’est sympa de dormir le matin, que maman est de meilleure humeur quand elle a ses huit heures de sommeil: on l’arrache à son lit douillet, pour l’envoyer faire de la pâte à modeler!!!

Maman prend sa voix toute douce, la même qui lui disait «dort mon bébé, dort, tout va bien maman est là, tout va bien»; lui chuchote dorénavant dans les oreilles: «Il faut se réveiller, c’est l’heure, ouvre tes petits yeux mon chouchou.»

– Mais maman, il fait nuit!

– Oui il fait nuit, mais c’est l’heure d’aller à l’école.

– Mais maman, le soleil, lui, il dort encore!!

Et quand il deviendra adolescent, on l’engueulera parce qu’il émerge à midi en se grattant le nombril. Allez comprendre la logique des adultes…

«L’enfance est le sommeil de la raison», disait Rousseau. Ben moi, je dis: «On n’a pas raison avec le sommeil de nos enfants!»

Brigitte Rosset, comédienne

16/11/2011

Fin de partie

COMMENT.jpgJe me trouvais à Rome, en 1994, lorsque Silvio Berlusconi a débarqué dans l’arène politique en lançant son parti, Forza Italia, qui allait aussitôt le conduire à la victoire. Cette fulgurante ascension, le Cavaliere l’avait démarrée en achetant un club de football, l’AC Milan, pour en faire un club de l’élite européenne. C’est ce succès sportif, et la réussite de ses entreprises qui ont séduit les électeurs, trop souvent en quête de miracles. Depuis, l’Italie est à la dérive. Malgré les efforts obstinés des juges, Berlusconi a su échapper à la justice dans les affaires de corruption ou de malversations qui l’impliquaient, en faisant voter des lois sur mesure par des parlementaires qui seront redevables d’explications devant l’histoire. Ni les évidents conflits d’intérêt, ni les scandales sexuels, ni les bourdes en tout genre sur la scène internationale, ni les attaques contre les institutions de l’Etat, rien de tout cela n’a eu raison d’un homme qui semblait inamovible.

Mais qu’a fait l’Europe? Comment a-t-elle accepté, sans broncher ou presque, la confiscation de l’intérêt public par des intérêts privés? Pourquoi la Commission européenne, présidée par le désastreux Barroso, n’a-t-elle jamais sanctionné ou simplement menacé un gouvernement où le racisme avait droit de parole? Ce sont finalement les marchés qui ont chassé Berlusconi, parce qu’il ne servait plus leurs intérêts. Bien sûr, on est heureux que cette tragique bouffonnerie prenne fin. Mais l’Europe n’en sort pas grandie. Elle a fermé les yeux. Et dire que l’idée européenne est précisément née pour se protéger des extrémismes et pour garantir les équilibres démo-cratiques…

Bernard Comment, écrivain