02/11/2011

L’autre face du monde

COMMENT.jpgL’Amérique est un pays bon enfant, et les citrouilles de Halloween peuvent prêter à sourire. Mais à New York, les choses prennent une autre tournure. La fête n’y est pas réservée aux seuls enfants ou jeunes, mais concerne toute la population, en une fantastique parade qui s’étire le long de la Sixième Avenue, dans une succession de déguisements qui renvoient à quelques références majeures de la culture populaire, comme le magicien d’Oz, ou Superman et toute la bimbeloterie de Disney.

Mais aussi et surtout défilent des transsexuels et travestis, pour exprimer cette variété des genres que Lou Reed a magnifiquement exprimée dans son album «Transformer» au début des années 1970, le même Lou Reed qui a rendu un hommage à sa ville et notamment à la Halloween Parade dans un autre album plus tardif, «New York». C’est tout le milieu underground, le côté obscur de la vie, qui s’exprime dans ses chansons comme dans la parade à laquelle j’ai assisté avec un bonheur enjoué, conscient de vivre un moment typique, même si la parade n’a été instaurée qu’en 1973, à l’époque de toutes les folies précisément.

Mais c’est la même idée de folie que j’ai retrouvée ce matin devant les toiles de De Kooning dans l’extraordinaire rétrospective que consacre le MoMA à ce peintre de génie, qui a su faire voler en éclats le corps et le visage de ses modèles, en particulier dans ses fameuses séries de «Women», des femmes explosées, sidérantes, terrifiantes parfois. Le masque tombe, et derrière la société bourgeoise de New York surgit une indomptable animalité. C’est l’autre face du monde, que nous montrent les carnavals et les grands artistes.

Bernard Comment, écrivain

07:36 | Lien permanent | Tags : invite, semaine, matin

31/10/2011

Une vie si bien rangée

ROSSET_1.jpgMa copine Magali, c’est le genre de fille qui file des complexes. Je la croise dans la rue, ma fille tombe, hop, elle sort un désinfectant et des sparadraps de son sac. Elle, elle a toujours tout dans son petit sac, toujours un paquet de mouchoirs! Moi, quand on me demande un mouchoir, je cherche même plus, je sais que j’en ai pas.

Chez elle, c’est beau et tout est rangé, tout. Et elle travaille, Magali. A plein-temps. Elle a deux enfants, bien élevés, et y a pas un jouet qui traîne dans le salon. Mais même pas un! Dans son armoire, les pulls sont pliés et triés par couleur. Y a pas de poussière sur ses livres. C’est donc qu’en plus, elle lit. Et elle se souvient de ce qu’elle a lu, elle peut en parler des heures. Elle connaît toutes les séries, même celles qui sont pas sorties en Suisse.

Si j’ai besoin d’un osthéo, d’un psy, d’un coiffeur, d’un kiné, d’un répétiteur, d’un pédiatre, elle a une adresse.

Elle ne manque jamais de capsules pour sa machine à café. Elle a toujours du lait en réserve. Elle sait où est le tire-bouchon. Elle en a deux. Un dans la cuisine, un dans le salon. Elle trie ses déchets, elle fait même du compost, et pourtant chez elle ça sent pas l’orange pourrie.

Quand elle fait ses valises pour partir en vacances, elle a des listes. Et, quand elle rentre de voyage, une heure après, y a plus rien qui traîne. Les valises sont à la cave et la machine à laver tourne.

Son chéri, elle a aussi voulu le ranger, il est parti…

Ça me dérange.

Brigitte Rosset, Comédienne

 

 

12:50 | Lien permanent | Tags : matin, semaine, invite

28/10/2011

Pharmaceutique: les deux faces d’un scandale

BENDAHAN_9.jpgBeaucoup de choses ont déjà été dites sur l’annonce scandaleuse de Novartis: 2000 licenciements, plus de 2 milliards de bénéfices en trois mois! On s’est tant indigné contre les suppressions d’emplois qu’on a oublié de le faire par rapport à ce bénéfice considérable: mais d’où vient-il?

En 2010, Novartis a annoncé 50 milliards de dollars de chiffre d’affaires, c’est-à-dire d’argent reçu. Il faut ensuite payer les coûts: production, marketing, administration. Il faut surtout financer la recherche et le développement, et c’est cet argument que les pharmas utilisent pour justifier leurs prix exorbitants. Tous les coûts de Novartis en 2010, y compris recherche et impôts, ont été de 40 milliards. Où sont les 10 milliards restants? Dans la poche des actionnaires. Cela veut dire qu’en moyenne, si vous achetez un médicament qui coûte 25 francs, vous payez 5 francs qui ne servent ni à la recherche ni à payer la fabrication du médicament. Ce sont 5 francs de trop. Et demain, nous paierons 5 fr. 10 de trop à cause des économies faites sur les licenciements.

Etant donné les différences de prix entre les pays, les Suisses contribuent probablement bien plus que cela à la marge des actionnaires. Qu’une entreprise doit financer ses coûts, c’est normal. Qu’une entreprise offre un rendement raisonnable à ses actionnaires, c’est le système économique qui le veut. Mais que ce rendement soit si gigantesque, c’est un abus de position dominante.

Chaque franc que l’on paie aux universités et aux écoles polytechniques pour faire de la recherche n’est utilisé qu’à cet effet, sans que l’on gaspille 20% de ce que l’on donne. Contrairement à une fausse croyance, c’est bien dans le service public que réside le secret d’une recherche efficace et surtout accessible à toutes et tous.

Samuel Bendahan, économiste